Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401579
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, M. C, représenté par Me Pere, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, dans un délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle ou à lui-même en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle procède d'un détournement de pouvoir ;
- elle est insuffisamment motivée et comporte des erreurs de fait, ce qui révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- elle méconnait l'article 33 de la Convention de Genève ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les articles L. 612-2 et L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au non-lieu à statuer sur la requête de M. C.
Il fait valoir que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, il a pris un arrêté en date du 22 mars 2024, par lequel il a procédé au retrait de l'arrêté du 31 janvier 2024 attaqué.
Par une note en délibéré, enregistrée le 28 mars 2024, postérieurement à l'audience, et qui n'a pas été communiquée, M. C indique maintenir l'ensemble de ses conclusions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article
L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2024 :
- Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;
- les observations de M. C ;
- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant afghan né le 1er janvier 1990, entré en France en 2015 selon ses déclarations, a été interpellé par les services de police de Chessy pour non-respect d'une assignation à résidence. Par un arrêté du 31 janvier 2024, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :
4. Par un mémoire enregistré le 22 mars 2024, postérieurement à l'introduction de la requête de M. C, le préfet de Seine-et-Marne a informé le tribunal que, par arrêté du 22 mars 2024 qu'il produit, il avait retiré l'arrêté attaqué du 31 janvier 2024 en toutes ses dispositions. Par suite, les conclusions de M. C dirigées contre cet arrêté sont devenues sans objet, de même que ses conclusions à fin d'injonction. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les frais du litige :
5. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, le versement à son conseil de la somme que M. C sur le fondement des dispositions combinées de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Le requérant est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. C.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Père et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Charlery La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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