Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401580

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401580
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 février et 15 février 2024, M. C A B, représenté par Me Seze, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard depuis le mois de leur cessation ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à son conseil qui sera autorisé à en poursuivre directement le recouvrement.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision a pour effet de le priver de la source de revenu qu'il dispose et qu'elle le place dans une situation de particulière vulnérabilité ;

- il existe plusieurs moyens qui sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen ;

* elle est entaché d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire préalable a été méconnue, qu'elle ne prend pas en compte sa vulnérabilité, qu'il n'est pas justifié que les agents ayant mené l'entretien ont reçu une formation spécifique, que le questionnaire d'appréciation de la vulnérabilité méconnait les dispositions de l'article L. 522-3 ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 2 février 2024 sous le n°2401589 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Buisson, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1999 à Darfour, au Soudan, est entré en France en juillet 2023 selon ses déclarations afin de solliciter une protection internationale. Sa demande d'asile a été enregistrée le 9 août 2023 en procédure " normale " et il a accepté les conditions matérielles d'accueil le même jour. Par une lettre du 1er décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié son intention de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'OFII a mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Aux termes de l'article D. 551-17 de ce code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature./ Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature.

Lorsque la décision est motivée par la circonstance que le demandeur a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères sur sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, elle entraîne la restitution des montants indûment versés au titulaire de l'allocation. "

4. Il résulte de l'instruction que la lettre du 1er décembre 2023 par laquelle l'OFII a notifié son intention de cessation des conditions matérielles d'accueil est un simple acte préparatoire et ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours. En l'absence d'une décision expresse, écrite et motivée de l'OFII mettant fin au droit de l'intéressé au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, les conclusions à fin de suspension de la requête ne sont pas recevables. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête, y compris ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B.

Fait à Cergy le 23 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

L. Buisson

La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.