Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401643

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le titre de séjour "salarié" de M. A, ressortissant malien, et l'a obligé à quitter le territoire. Le tribunal retient une erreur de droit, car le préfet a méconnu l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne prolongeant pas d'un an le titre de séjour de M. A, qui était involontairement privé d'emploi. La solution est fondée sur les dispositions de cet article, qui prévoient cette prolongation même en l'absence d'autorisation de travail.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2024, M. B A, représenté par la Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 28 décembre 2023 est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 5221-33 du code du travail ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 421-1, L. 423-23, L. 433-4 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à ces égards, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et transmet au tribunal les pièces constitutives du dossier.

Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mai 2024 à 12 heures.

Par un courrier du 19 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal, en cas d'annulation des décisions attaquées, était susceptible d'enjoindre d'office au préfet du Val-d'Oise de prolonger d'un an le titre de séjour de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, rapporteure ;

- et les observations de Me Bulajic, substituant Me Martin-Pigeon, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 1er avril 1973, déclare être entré sur le territoire français en 2003. Le 10 mars 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié ", sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ".

3. Pour refuser d'admettre M. A au séjour, le préfet du Val-d'Oise s'est borné à indiquer que, dès lors qu'aucune autorisation de travail n'avait été déposée auprès de la plateforme de la main-d'œuvre étrangère, il n'établissait pas la stabilité et la pérennité de son emploi. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été involontairement privé d'emploi à compter du 24 octobre 2023 et qu'il en a informé le préfet par un courrier du 20 novembre 2023, reçu le 24 novembre 2023 à la sous-préfecture de Sarcelles. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'il remplit les conditions de la dérogation prévue par les dispositions précitées de l'alinéa 3 de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la prolongation d'un an du titre de séjour d'un étranger involontairement privé d'emploi, même en l'absence d'autorisation de travail. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est à cet égard entaché d'une erreur de droit doit donc être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 décembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de l'admettre au séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision du même jour par laquelle il l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre d'office au préfet du Val-d'Oise de prolonger d'un an le titre de séjour de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions du 28 décembre 2023 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé l'admission au séjour de M. A et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de prolonger le titre de séjour de M. A d'une durée d'un an, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CORDARY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La rapporteure,

C. CORDARY

La présidente,

C. ORIOL

La rapporteure,

C. CORDARY

La présidente,

C. ORIOL La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière