Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401672
vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401672 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 février et 2 mai 2024, M. A B représenté par Me Haïk, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 18 décembre 2023 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a, d'une part, procédé au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle valable du 30 juin 2022 au 29 juin 2025 et, d'autre part, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que les arrêtés attaqués :
- ont été pris par une autorité incompétente ;
- sont insuffisamment motivés ;
- sont entachés d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- ont été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- sont entachés d'erreurs de droit au regard de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'absence de prise en compte de sa vie privée et familiale ;
- méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sont entachés d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle d'une part, et de la menace à l'ordre public que son comportement constituerait d'autre part ;
- méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Par courrier du 6 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction de restitution de la carte de séjour pluriannuelle de M. B valable du 30 juin 2022 au 29 juin 2025 dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Louazel, conseillère,
- les observations de Me Atia, avocate, substituant Me Haïk.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 30 juin 2022 au 29 juin 2025. Par deux arrêtés en date du 18 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a, d'une part, procédé au retrait de sa carte de séjour sur le fondement de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. M. B demande au Tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
3. Il est constant que M. B a été placé en garde-à-vue le 11 juillet 2023 par les services de police judiciaire du commissariat de police du Raincy pour des faits de tentative de vol commis avec violence, rébellion et violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Toutefois, cette seule circonstance, qui au demeurant n'a pas donné lieu à poursuites, n'est nullement de nature à justifier que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision portant retrait de son titre de séjour d'une erreur d'appréciation sur ce point.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée et, par voie de conséquence, celle l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.
Sur l'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, de restituer à M. B sa carte de séjour pluriannuelle valable du 30 juin 2022 au 29 juin 2025, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir, à ce stade, cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros que demande M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet du Val-d'Oise du 18 décembre 2023 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de restituer à M. B sa carte de séjour pluriannuelle, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
La rapporteuse,
signé
M. LOUAZEL
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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