Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401683

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2024, M. A B, représenté par Me Amram, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer le duplicata de son titre de séjour, disponible depuis le 4 juin 2021, sans exiger la présentation d'un passeport en cours de validité ou d'une carte consulaire valide dans les quinze jours suivant le prononcé de la décision et, à titre subsidiaire, de lui fixer un rendez-vous à la sous-préfecture de Sarcelle pour qu'il puisse récupérer son titre de séjour dans les quinze suivant le prononcé de la décision ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ayant perdu le titre de séjour qui lui avait été délivré le 17 juin 2015, qu'il est depuis lors en situation irrégulière en France, n'étant plus en mesure de justifier sa présence régulière sur le territoire français, qu'un duplicata de son titre de séjour est prêt à être retiré en préfecture mais il n'est pas autorisé à le récupérer alors qu'il en a besoin en cas de contrôle pour justifier de sa présence régulière sur le territoire français et dans le cadre de son activité professionnelle, la société Simo Bâtiment, au sein de laquelle il a été embauché depuis le 13 novembre 2023, en qualité de maçon, lui a demandé de présenter son titre de séjour en cours de validité, au plus tard le 30 mars 2024, l'absence de présentation de son titre de séjour dans les délais impartis entraînera très certainement la suspension de son contrat de travail, voire son licenciement, et la perte de son revenu, lui permettant de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille ;

- le présent recours est utile et n'a pas pour objet de faire obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 2 avril 2024 à 9 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;

- et les observations de Me Amram, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né en 1996 à Malatya en Turquie, s'est vu délivrer une carte de résident permanent valable du 17 juin 2015 au 16 juin 2025. Ce titre ayant été perdu le 20 février 2022, selon la déclaration de main courante du 22 février 2022, il a ensuite formé auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise une demande de duplicata. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer le duplicata de son titre de séjour, disponible depuis le 4 juin 2021, sans exiger la présentation d'un passeport en cours de validité ou d'une carte consulaire valide et, à titre subsidiaire, de lui fixer un rendez-vous à la sous-préfecture de Sarcelle pour qu'il puisse récupérer son titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a tenté en vain d'obtenir auprès de la préfecture du Val-d'Oise un duplicata de sa carte de résident valable jusqu'au 16 juin 2025. Au regard de l'utilité de la mesure, compte tenu du droit de M. B à disposer du document matérialisant le titre de séjour qui lui a été accordé, de l'urgence, et notamment dans le cadre de son activité professionnelle, et alors que rien ne s'y oppose, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B un duplicata de sa carte de résident, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Toutefois, il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de dispenser l'intéressé de présenter un passeport en cours de validité ou une carte consulaire valide à cette fin.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros.

6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". Aucun dépens n'a été exposé par M. B dans la présente affaire. Par suite, les conclusions de ce dernier tendant à l'application de cet article doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B un duplicata de sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'État versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 17 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.