Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401947

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 février 2024 et 15 avril 2024, ce mémoire n'ayant pas été communiqué, la SCI Vendôme Athènes, représentée par Me Schiano Gentiletti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 octobre 2023 de la commission départementale des valeurs locatives des locaux professionnels (CDVLLP) du Val-d'Oise en tant que, par cette délibération, la commission a décidé de ne pas modifier le coefficient de localisation applicable à la parcelle AX-0010 de la commune d'Eragny et, ainsi, de maintenir un coefficient de 1 pour cette parcelle.

2°) d'enjoindre à la commission départementale des valeurs locatives des locaux professionnels du Val d'Oise d'adopter un coefficient de 0,7 pour la parcelle en cause, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice

Elle soutient que :

- au regard de l'esprit des textes et de la jurisprudence, elle est recevable, sauf à la priver de tout droit au recours, à contester la carence de l'administration à mettre à jour les coefficients de localisation, dès lors que celle-ci ne dispose pas d'un pouvoir discrétionnaire en la matière ;

- il n'est pas justifié de la régularité de la composition de la CDVLPP, pas plus que du respect de ses règles de fonctionnement ;

- il n'est justifié ni de la consultation régulière de la commission communale ou intercommunale ni de la régularité de la composition de ces commissions ;

- en ne procédant pas à la révision à la baisse du coefficient de localisation applicable à la parcelle en litige, laquelle présente une situation géographique défavorable au sein de son secteur d'évaluation, la CDVLLP a entaché sa délibération d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que l'absence de modification du coefficient en vigueur ne constitue pas une décision ouvrant droit à un nouveau délai de recours contre la décision initiale ayant fixé ce coefficient ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, président-rapporteur

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 16 octobre 2023, publiée le 7 décembre suivant, la commission départementale des valeurs locatives des locaux professionnels (CDVLLP) du Val-d'Oise a notamment, en vertu du II de l'article 1458 ter du code général des impôts, modifié les coefficients de localisation affectés à certaines parcelles situées dans plusieurs communes du département. Par la présent requête, la SCI Vendôme Athènes en demande l'annulation en tant que, par cette délibération, la commission a, selon elle, décidé de ne pas modifier le coefficient de localisation applicable à la parcelle AX-0010 de la commune d'Eragny et, ainsi, de maintenir un coefficient de 1 pour cette parcelle.

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

3. D'une part, aux termes de l'article 1498 du code général des impôts " () II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II () / B. - 1. Il est constitué, dans chaque département, un ou plusieurs secteurs d'évaluation qui regroupent les communes ou sections cadastrales de communes qui, dans le département, présentent un marché locatif homogène () /2. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés () / Les tarifs par mètre carré peuvent être majorés de 1,1,1,15,1,2 ou 1,3 ou minorés de 0,7,0,8,0,85 ou 0,9, par application d'un coefficient de localisation destiné à tenir compte de la situation particulière de la parcelle d'assise de la propriété au sein du secteur d'évaluation. ".

4. D'autre part aux termes de l'article 1518 ter du même code : " () II. - Au cours des troisième et cinquième années qui suivent celle du renouvellement général des conseils municipaux, la commission départementale des valeurs locatives mentionnée à l'article 1650 B peut se réunir afin de modifier l'application des coefficients de localisation mentionnés au 2 du B du II de l'article 1498 après avis des commissions communales ou intercommunales des impôts directs respectivement mentionnées aux articles 1650 et 1650 A. Les décisions de la commission sont publiées et notifiées dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat et sont transmises à l'administration fiscale avant le 31 décembre de l'année précédant celle de leur prise en compte pour l'établissement des bases () ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions, contrairement à celles régissant les tarifs et secteurs d'évaluation, que la modification des coefficients de localisation mentionnés au 2 du B du II de l'article 1498 est simplement facultative. Par suite, l'abstention de la commission départementale des valeurs locatives des locaux professionnels de faire usage de la faculté que lui offre le II de l'article 1518 ter du code général des impôts de réviser périodiquement, selon la procédure qui y est décrite, tout ou partie des coefficients de localisation, n'est pas de nature à révéler l'existence d'une décision susceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir. En revanche, il est loisible aux contribuables, s'ils estiment que les décisions en cause, qui ne sont pas réglementaires et ne créent pas de droits, sont devenues illégales en raison de changements dans des circonstances de droit ou de fait postérieurs à leur édiction, après avoir vainement saisi l'autorité compétente, de former un recours devant le juge de l'excès de pouvoir tendant à l'annulation du refus qui leur aurait été opposé de modifier ces décisions, en joignant à leur recours, le cas échéant, des conclusions à fin d'injonction.

5. En l'espèce, il est constant que, par la délibération attaquée, la CDVLLP du Val-d'Oise, qui n'a d'ailleurs été saisie d'aucune demande en ce sens, n'a pas modifié le coefficient de localisation applicable à la parcelle AX-0010 de la commune d'Eragny. Ainsi et alors même qu'elle a cru devoir réviser d'autres coefficients, cette abstention n'a fait naître aucune décision au sens des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le coefficient précédemment fixé pour ladite parcelle continuant à s'appliquer. Par suite, et ainsi que le fait valoir l'administration, la société requérante n'est pas recevable à demander l'annulation de la délibération du 16 octobre 2023 en tant que, par cette délibération, la commission aurait édicté une prétendue décision relative au coefficient de localisation de la parcelle en litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI Vendôme Athènes ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Vendôme Athènes est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Vendôme Athènes et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

M. Viain, premier conseiller,

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.