Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402031

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402031
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2024, M. A B, représenté par Me Tordo, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une convocation pour un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa demande est urgente, dès lors que dans le cadre des demandes de renouvellement d'un titre de séjour l'urgence est présumée ; l'impossibilité matérielle d'obtenir un rendez-vous en préfecture le maintien dans une situation précaire, l'empêche d'accéder aux soins médicaux qui lui sont nécessaires anormalement longue et l'expose à des mesures d'éloignement ;

- la mesure sollicitée est utile eu égard à ce qui vient d'être dit ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code d'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de fixer un rendez-vous au requérant pour déposer sa demande de titre de séjour :

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1 L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".

5. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant marocain né le 11 août 1997, s'est vu délivrer le 3 décembre 2021 une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 2 décembre 2023 portant la mention " étudiant ", puis, ayant sollicité un changement statut, une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi-création d'entreprise " valable du 28 décembre 2022 au 27 décembre 2023. Il en a sollicité le renouvellement le 19 janvier 2024.

6. Cette demande ayant été déposée postérieurement à l'expiration du dernier titre de séjour de M. B, et au-delà des délais prévus à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle doit être regardée comme une première demande de titre de séjour qui ne peut bénéficier d'une présomption d'urgence.

7. Pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à prononcer la mesure d'injonction demandée, moins d'un mois après le dépôt de sa demande, le requérant fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis 2019, où il dispose d'une sœur, qu'il y a mené à bien des études avant de s'engager professionnellement. Il ajoute avoir été licencié au début de l'année 2023, durant sa période d'essai, et s'être trouvé de ce fait plongé dans une profonde dépression qui l'aurait empêché de renouveler ses démarches administratives. Toutefois, pour en justifier, il se borne à produire deux attestations médicales établies les 17 janvier et 6 février 2024, rédigées dans des termes généraux et très peu circonstanciés, et une attestation de sa sœur indiquant qu'il était devenu injoignable en décembre 2023, ce qui a conduit à son suivi psychiatrique. Pour regrettable que soit cette situation, il n'est ce faisant établi ni que M. B se serait trouvé dans l'impossibilité absolue de renouveler son titre de séjour dans les deux mois précédent son expiration, alors qu'il produit différents échanges de mail démontrant qu'il avait pu, dès le 25 décembre 2023, candidater à des offres d'emploi, ni que le délai pour obtenir un rendez-vous en préfecture afin de déposer sa demande de renouvellement le priverait de l'accès aux soins. Ainsi le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière permettant de caractériser une situation d'urgence nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à très bref délai, situation dans laquelle il s'est lui-même placé. Ainsi, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par le requérant ne peut être regardée comme remplie.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour :

8. Les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la mettre en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour, dont la délivrance est conditionnée par le caractère complet du dossier qu'il appartient au préfet d'apprécier à l'occasion de sa présentation et de son enregistrement, et dont le refus de remise explicite ou implicite constitue une décision administrative susceptible de recours pour excès de pouvoir, font obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. A B.

Fait à Cergy, le 12 février 2024.

Le juge des référés,

signé

T. Bertoncini

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24020312