Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402188

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant pakistanais, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant son admission exceptionnelle au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, estimant qu'aucun vice de procédure n'était établi, que l'erreur de fait alléguée sur la maîtrise du français n'était pas fondée, et que le préfet ne s'était pas estimé lié par l'avis de la commission du titre de séjour. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, le tribunal considérant que la décision préfectorale ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2024, M. A B, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le procès-verbal de la commission du titre de séjour, au demeurant partiale, qui s'est réunie le 15 décembre 2023 ne lui a pas été communiqué ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il maîtrise la langue française ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé lié par l'avis de la commission ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il dispose de deux promesses d'embauche dont l'authenticité ne peut être discutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise informe le tribunal qu'il confirme sa décision et transmet les pièces constitutives du dossier.

Par une ordonnance du 21 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 avril 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère,

- et les observations de Me Bulajic, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 13 novembre 1979, indique être entré sur le territoire français le 25 septembre 2010. Le 12 avril 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, si M. B soutient que le procès-verbal de la commission du titre de séjour qui s'est réunie le 15 décembre 2023 ne lui a pas été communiqué, il ressort des pièces du dossier que le préfet l'a produit à l'appui de son mémoire en défense du 10 avril 2024. Si M. B fait également valoir que la présidente de la commission qui a examiné sa situation nourrit un " certain antagonisme idéologique à l'endroit des personnes étrangères en situation irrégulière qui comparaissent devant elle " et qu'elle ne l'a pas laissé s'exprimer sur son activité professionnelle, il ne ressort toutefois pas du procès-verbal versé à l'instance que la commission, au demeurant composée de trois personnes et ayant statué collégialement, aurait manqué d'impartialité. Dans ces conditions, et alors qu'aucune irrégularité ne ressort du procès-verbal versé à l'instance, le moyen tiré du vice de procédure manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'il a une bonne maîtrise de la langue française, contrairement à ce qu'a affirmé le préfet du Val-d'Oise dans l'arrêté attaqué, il ressort du procès-verbal de la commission du titre de séjour qui s'est réunie le 15 décembre 2023 qu'il a lui-même admis " comprendre un peu le français ". Par suite, et alors que l'arrêté attaqué aurait au demeurant été pris malgré une éventuelle erreur de cette nature, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet s'est estimé lié par l'avis de la commission du titre de séjour ni qu'il n'a pas pris en compte l'ensemble de la situation de M. B.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou "vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

7. M. B produit deux promesses d'embauche, l'une de la société GRP domiciliée à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) du 18 février 2021, l'autre de la SAS Ris Peinture domiciliée à Villepinte (Seine-Saint-Denis) du 8 mars 2023. Toutefois, en l'absence de bulletins de salaire ou de toute autre preuve d'intégration professionnelle ou personnelle dans la société française, de tels documents ne sont pas suffisants pour justifier, à eux-seuls, une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. C'est donc sans commettre d'erreur de droit que le préfet a refusé de l'admettre au séjour sur ce fondement.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CORDARY

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière