Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402275
lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402275 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2024, M. B A, représenté par
Me Odin, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travailler à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travailler à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1.500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'absence de clôture de l'instruction de sa demande porte atteinte à son droit de voir sa situation examinée par l'administration dans un délai raisonnable, le maintenant dans une situation professionnelle irrégulière et courant ainsi le risque qu'une condamnation soit prononcée à son égard ou à l'égard de son employeur ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'en l'absence de titre de séjour et d'autorisation de travail, il ne peut poursuivre son activité professionnelle sur le territoire français.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M. Huon, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 27 juillet 1986, est, selon ses déclarations, entré en France en octobre 2017, démuni de tout visa. En février 2022, l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès du préfet du Val-d'Oise. Son récépissé a été renouvelé à plusieurs reprises, dont la dernière fois le 8 janvier 2024 pour une période de trois mois. L'intéressé demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut de lui délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521 1 et L 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
Sur les conclusions tendant à la délivrance d'un titre de séjour :
4. Il résulte des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, citées au point précédent, et de ce qui est énoncé au point 3 de la présente ordonnance que le juge des référés ne peut ordonner que des mesures provisoires. Il s'en suit que le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure à caractère définitif. Par suite, et dès lors que la délivrance d'un titre de séjour présent un caractère définitif, la demande présentée par M. A et tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un tel titre excède la compétence du juge des référés. Par suite, cette demande est manifestement irrecevable et ne peut, pour ce motif qu'être rejetée.
Sur les conclusions tendant à la délivrance d'une autorisation de travail :
5. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ".
6. D'une part, ces dispositions prévoient que les récépissés de demande de séjour n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle, sous réserve des exceptions prévues par la loi. Or, le requérant, qui a formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, n'établit ni même n'allègue qu'il se trouverait dans un des cas la délivrance d'une autorisation de travail est de droit. Par suite, la mesure qu'il demande, tendant à ce que lui soit délivré un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, se heurte à une contestation sérieuse, au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
7. D'autre part, M. A fait valoir qu'il souhaite pouvoir travailler légalement en France sans prendre le risque qu'une condamnation soit prononcée à son encontre et/ou à celle de son employeur et que l'irrégularité de son séjour fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle. Toutefois, l'intéressé n'allègue avoir entrepris des démarches en vue de sa régularisation qu'en février 2022 alors qu'il est salarié de la société SP Services depuis
le 1er octobre 2018 sans disposer d'aucun titre de séjour ni d'aucune autorisation à cet effet. Il a donc créé lui-même la situation au regard de laquelle il invoque désormais l'urgence. Par suite, et alors qu'il est titulaire d'un récépissé valable jusqu'au 7 avril 2024 lui permettant de se maintenir de manière régulière sur le territoire, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité de bénéficier à très bref délai de la mesure d'injonction qu'il demande.
8. Par conséquent, et dès lors que deux des conditions exigées par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, lesquelles, au demeurant, sont cumulatives, ne peuvent être regardées comme remplies, la demande de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ne peut qu'être rejetée.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Cergy-Pontoise, le 26 février 2024.
Le juge des référés,
signé
C. Huon
La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N° N° de toutes les affaires02275
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