Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402291

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 16 février et le 27 mars 2024, M. C, représenté par Me Touririne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans le délai de deux mois courant à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- cette décision méconnait l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale.

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2024 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

-les observations de Me Touririne, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre, s'agissant de la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête opposée par le préfet, que M. C était hébergé dans les locaux d'une association qui assurait le suivi du courrier et qu'il n'a pris connaissance de la décision en litige que le 30 janvier. Par ailleurs, il dispose d'un contrat à durée indéterminée dans la restauration, qui est un secteur en tension, son employeur étant déterminé à le garder à son service en toute circonstance.

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri-lankais né le 5 mars 1998, entré en France le 15 mars 2022, a sollicité l'asile le 24 mars 2022. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 août 2022, notifiée le 23 août 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 mai 2023, notifiée le 15 juin 2023. Par un arrêté pris le 15 janvier 2024, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du même code : " () Conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. (). ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. - Les délais de quarante- huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. (). ".

3. Il ressort des pièces produites par le préfet des Hauts-de-Seine que l'arrêté en litige, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été adressé au requérant par voie de lettre recommandée avec accusé de réception, lequel a été présenté à l'intéressé le 26 janvier 2024, qui l'a revêtu de sa signature. Par suite, la requête, enregistrée le 16 février 2024, est intervenue au-delà du délai de quinze jours prévu par les dispositions précitées. Il suit de là que la requête est tardive et qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charlery La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.