Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402370
jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 février 2024 et le 29 avril 2024, M. B, représenté par Me Mehammedia-Mohamed, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification du caractère collégial de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en l'absence de respect du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont, à cet égard, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et demande que soit substitué au motif de la menace à l'ordre public celui selon lequel M. B ne justifie pas d'une activité professionnelle suffisante pour justifier une admission exceptionnelle au séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 24 novembre 1989, déclare être entré sur le territoire français le 26 septembre 2015. Le 20 avril 2023, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme E F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation d'un pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'avis émis le 14 décembre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), versé par le préfet à l'instance, a été signé par les trois médecins qui en étaient membres, les docteurs Norindr, Douillard et Candillier. Par ailleurs, au vu notamment de la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " figurant sur l'avis produit, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les médecins de l'OFII n'auraient pas délibéré collégialement, le cas échéant au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle telle que rendue possible par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, si M. B soutient que le préfet est tenu de produire l'ensemble des éléments ayant permis le prononcé de l'avis précité, notamment la fiche pays relative au Maroc, il ne ressort pas expressément de ses écritures qu'il souhaite lever le secret médical et il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlement ni d'aucun principe que le préfet est tenu de communiquer la fiche précitée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ont été prises au terme d'une procédure irrégulière et en méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que la demande d'admission au séjour de M. B a été examinée au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de sa demande, ainsi qu'au titre du pouvoir discrétionnaire de régularisation qu'il est loisible au préfet d'exercer et d'écarter sans examen approfondi en cas de menace à l'ordre public constituée par le comportement de l'intéressé. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise n'a pas procédé à l'examen sérieux de la situation de M. B doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. La décision du 30 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B a été prise au visa de l'avis du 14 décembre 2023, par lequel le collège des médecins du service médical de l'OFII a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. M. B ne fait pas échec à cet avis en produisant divers comptes-rendus médicaux et ordonnances qui ne mentionnent pas que l'absence de prise en charge médicale entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni ne mentionnent l'éventuelle disponibilité du traitement dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, selon l'alinéa 1er de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. ".
10. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé prévoit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par cet accord. Toutefois, bien que l'accord franco-marocain ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. A cette fin, le préfet dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
11. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur ce que sa présence sur le territoire français constituait une menace à l'ordre public. Toutefois, s'il est constant que M. B a été condamné le 8 mars 2022 à une amende de 200 euros par le tribunal judiciaire d'Evry pour des faits de " usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation " commis le 2 décembre 2020, cette infraction était d'un faible degré de gravité et ancienne à la date de la décision attaquée. Dès lors, en retenant qu'une telle menace était constituée, le préfet a commis une erreur d'appréciation.
12. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, par la communication des écritures en défense la sollicitant, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
13. Pour justifier du bien-fondé de la décision attaquée, le préfet du Val-d'Oise invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. B, un autre motif, tiré de ce qu'il ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, d'une activité professionnelle suffisante pour justifier une admission exceptionnelle au séjour. A cet égard, s'il ressort des pièces du dossier que M. B a exercé les fonctions d'agent d'entretien à temps plein du 1er février 2020 au 31 janvier 2021 et à temps partiel du 1er février 2022 au 30 avril 2022 au sein de la société " Centre éducation cynophile CANINA " située à Meudon (Hauts-de-Seine), d'épicier à temps partiel du 1er juin 2021 au 30 avril 2022 pour le compte de M. C A à Vigneux-sur-Seine (Essonne) et de vendeur à temps plein du 5 mai 2022 au 30 juin 2022 au sein de la société " Boulangerie de la gare " située à Vigneux-sur-Seine (Essonne), l'intéressé ne justifie en revanche d'aucune activité professionnelle depuis le 1er juillet 2022. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la substitution demandée, dès lors que le préfet du Val-d'Oise aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif, et d'écarter par suite le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation à titre discrétionnaire.
Sur les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
15. Si M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis le 26 septembre 2015, il n'établit ni même n'allègue disposer d'attaches privées et familiales anciennes et stables sur le territoire français. Il ne conteste pas davantage être célibataire et non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché les décisions en litige d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'admission au séjour sollicitée par M. B n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.
Sur la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. En se bornant à affirmer que son état de santé déclinerait rapidement en cas de retour son pays d'origine, dès lors qu'il ne pourrait y accéder au traitement nécessaire, M. B n'établit pas y être exposé à des risques de torture ou de peines ou traitements inhumains ou dégradants. Par suite, c'est sans méconnaître les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que le préfet du Val-d'Oise a fixé le pays de destination.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613- du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
20. A supposer que M. B n'ait pas reçu, à la suite de la notification de l'arrêté contesté, les informations prévues par les dispositions citées au point 19 ci-dessus, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui s'apprécie en fonction des circonstances existant à la date de son édiction. Le moyen ainsi soulevé ne peut, dès lors, qu'être écarté comme inopérant.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
22. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne justifie d'aucun droit au séjour, ne conteste pas avoir déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement datée du 15 juillet 2021. En outre, il n'établit pas avoir noué de liens suffisamment forts et anciens en France, quand bien même il y résiderait depuis le 26 septembre 2015 et y a travaillé du 1er février 2020 au 30 juin 2022, dès lors qu'il ne conteste pas être célibataire sans charge de famille et non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en prenant à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, a méconnu les dispositions précitées et commis à cet égard une erreur d'appréciation.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
A. GAY-HEUZEY
La présidente,
Signé
C. ORIOL
La greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
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