Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402429

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février et le 22 mars 2024, M. D, représenté par Me Carrillo Cruz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement et lui délivrer un titre de de séjour portant la mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la juridiction doit ordonner la communication par le préfet des pièces du dossier ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;

- elle méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale pour être fondée sur des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 28 mars 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant équatorien né le 29 octobre 1990, entré en France en novembre 2018 muni d'un visa de court séjour à destination de l'Italie, selon ses déclarations, a été interpelé par les services de police le 19 février 2024 pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté pris le même jour, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

3. La décision faisant à M. D obligation de quitter le territoire français sans délai vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. D, en énonçant notamment que l'intéressé a déclaré être entré régulièrement en France en novembre 2018 muni d'un visa de court séjour à destination de l'Italie et se maintient sur le territoire depuis cette date, au-delà de la durée de validité de son visa. Elle précise également que l'intéressé se déclare marié et père de deux enfants, mais que son épouse, Mme A C, est en situation irrégulière, qu'il n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa famille et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 28 ans, circonstances dont il découle que la décision en litige ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, la décision attaquée, qui décrit avec suffisamment de précision la situation personnelle et familiale de l'intéressé, répond aux exigences de motivation posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Contrairement aux allégations du requérant, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas prononcé sur les tentatives du requérant de régulariser sa situation. Par ailleurs, la circonstance que la décision comporterait des motifs contradictoires ou insuffisants à la justifier, qui est relative au bien-fondé de ses motifs, est sans incidence sur la suffisance de la motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " Et, aux termes de l'article L. 423-23 du code précité : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. D fait valoir qu'il vit en France depuis novembre 2018 avec son épouse, avec laquelle il s'est marié le 14 février 2014, laquelle a sollicité la régularisation de sa situation en même temps que lui, et que ses enfants suivent une scolarité normale. Il soutient qu'il a pu créer des relations sociales à l'occasion de son activité professionnelle de chauffeur, pour laquelle il perçoit un salaire mensuel de 1 700 euros et produit pour établir ses allégations des attestations de proches qui assurent de sa moralité et de la rectitude de son comportement. Toutefois, le requérant ne conteste pas les mentions de la décision en litige aux termes desquelles son épouse est en situation irrégulière sur le territoire et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa famille et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Par ailleurs, le requérant produit, pour justifier son activité professionnelle, une promesse d'embauche datée du 15 mars 2024, postérieurement à la décision en litige, pour l'exercice de l'activité maçon au sein de la société TCT construction/rénovation SARL, sous réserve de régularisation de sa situation au regard du droit au séjour. Au demeurant, il ressort des déclarations de l'intéressé, retranscrites à travers le procès-verbal établi le 19 février 2024 par les services de police, versé à la procédure par le préfet, qu'il travaille pour divers employeurs dans le secteur du ménage. Dans ces conditions, M. D, qui ne justifie pas avoir installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux et dont la situation ne caractérise aucune circonstance humanitaire ni aucun motif exceptionnel susceptible de lui permettre une régularisation à titre exceptionnel, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté au droit dont il dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et aurait, par suite, méconnu les stipulations précitées, ni qu'elle aurait méconnu les les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

6. La décision faisant à M. D obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 février 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charlery La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.