Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402474
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402474 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 février 2024, le 19 mars et le 25 mars 2024, M. C, représenté par Me Samba demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " passeport talent/salarié qualifié " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard courant à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle procède d'un examen insuffisant de sa situation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un examen insuffisant de sa situation personnelle ;
- elle est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an :
.
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale pour être fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article
L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée a été entendu au cours de l'audience publique du 28 mars 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 19 mai 1990, entré en France le 5 septembre 2016 selon ses déclarations, a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 4 octobre 2018 jusqu'au 3 octobre 2022. Il a été interpelé par les services de police le 19 février 2024 pour des faits de violences volontaires et vol en réunion. Par un arrêté du 20 février 2024, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé une demande de renouvellement de la carte pluriannuelle de séjour dont il était titulaire, portant la mention " passeport talent/salarié qualifié entreprise innovante ", dont la validité a expiré le 3 octobre 2022, et qu'une attestation de décision favorable lui a été communiquée, indiquant qu'une nouvelle carte de séjour pluriannuelle, portant la même mention et d'une durée de validité allant du 5 septembre 2022 au 4 septembre 2026, était en cours de fabrication. Le requérant établit également qu'il exerce une activité professionnelle de consultant informatique depuis le mois d'avril 2017, d'abord à la société CGI, jusqu'en février 2019, puis au sein de la société Lincoln, à compter du 6 mai 2019, sous contrat à durée indéterminée signé le 13 décembre 2018, puis enfin, à compter du 1er janvier 2024, en contrat de portage salarial à durée indéterminée avec la société STA Portage. M. C produit également son livret de famille et son acte de mariage, dont il ressort qu'il est marié, depuis le 13 mars 2021, à Mme D A, ressortissante marocaine titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 5 novembre 2027, exerçant la profession de consultante. Il suit de là que, alors que l'arrêté en litige mentionne que M. C n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour et qu'il ne justifie pas l'intensité, la pérennité et la stabilité de sa vie personnelle et familiale, le requérant est fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français en litige procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français du 20 février 2024. En conséquence, les autres décisions du même jour lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour pendant une durée d'un an doivent être également annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
5. La présente décision, qui annule l'arrêté du 20 février 2024, implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l'intéressé, réexamine la situation de M. C. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente décision, et de délivrer à M. C, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement sans délai du signalement de M. C au système d'information Schengen.
Sur les frais de procédure :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. C de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 février 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l'intéressé de réexaminer la situation de M. C, dans le délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente décision, de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, et de prendre toute mesure propre à mettre fin sans délai à son signalement dans le système d'information Schengen.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat, la somme de 1 000 euros à verser à M. C, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Charlery La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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