Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402624

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2024, M. A B, représenté par Me Fakih, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous sans délai afin qu'il puisse faire enregistrer sa demande de changement de statut pour avoir un titre portant la mention " salarié " et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à exercer une activité salariée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne peut déposer sa demande de changement de statut sur la plateforme ANEF qui n'enregistre pas les demandes pour les titres de séjour expirant dans plus de six mois ;

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il risque de perdre le bénéfice d'une offre d'emploi s'il ne bénéficie pas d'une autorisation de travail et d'un titre de séjour " salarié " pour une prise de poste le 2 avril 2024 ;

- la mesure d'injonction sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'utilité.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant libanais né le 2 décembre 1997, est titulaire d'un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 30 décembre 2024. Il souhaite disposer d'un titre de séjour " salarié " afin de pouvoir conclure un contrat de travail avec la société " Air France " et prendre ses fonctions au 2 avril 2024. N'ayant pu faire enregistrer sa demande, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer sans délai un rendez-vous en vue de pouvoir déposer sa demande de changement de statut et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Si, dans le cadre d'un " téléservice ", l'étranger, après avoir déposé son formulaire de demande et les pièces justificatives exigées, établit ne pas avoir été convoqué dans un délai raisonnable, en dépit de plusieurs relances auprès des services de la préfecture, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de l'absence de convocation sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que M. B justifie ne pas avoir pu déposer une demande de titre de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) dès lors que l'application n'enregistre que les demandes pour lesquelles le titre de séjour expire dans moins de six mois. Toutefois, il n'établit pas avoir tenté d'autres démarches auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine pour faire enregistrer sa demande de changement de statut. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé est titulaire d'un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 30 décembre 2024, sa demande tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous sans délai pour lui permettre de déposer sa demande de changement de statut ne présente pas de caractère d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative justifiant que le juge des référés ordonne une mesure sur ce fondement.

6. Il découle de ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée y compris les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 15 mai 2024

La juge des référés,

signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.