Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402726
mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 février 2024 et le 15 mars 2024,
M. D A, représentant légal de son enfant mineur, M. E A F, représenté par Me Le Foyer de Costil, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a rejeté sa demande de modification du projet personnalisé ;
2°) d'enjoindre à l'administration d'élaborer un nouveau projet personnalisé, en cohérence avec les besoins de l'enfant, notamment concernant la durée des sessions de scolarisation et la fixation des attendus au regard du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'absence de modification du projet personnalisé met en péril la scolarité, la santé et par voie de conséquence, l'épanouissement personnel de son fils et, par ailleurs, en l'absence d'une prise en charge cohérente liée à son état de santé, son fils est exposé au risque de perte des acquis ;
- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
* elle a été prise en violation des articles L. 111-1, L. 112-1, L. 112-2 et
L. 112-2-1 du code de l'éducation, dès lors qu'en l'absence d'aménagements et de mesures modifiant le projet personnalisé, l'enfant est placé dans une situation de rupture d'égalité par rapport aux autres élèves ;
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation en violation des articles L. 114-1 et L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles et D. 351-5 et D. 351-10 du code de l'éducation, dès lors que le temps d'enseignement et l'organisation de l'emploi du temps de l'enfant ne répondent pas à ses besoins ou aux recommandations médicales ; qu'en outre la priorité n'est pas donnée aux objectifs de scolarisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Vu :
- la requête n°2402978, enregistrée le 1er mars 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 11 mars 2024 à
10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- les observations de Me Azema, substituant Me Le Foyer de Costil, représentant de M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme C, directrice de l'établissement médico-éducatif (IME) L'Espoir situé à Garges-lès-Gonesse, ayant reçu une délégation de pouvoir de M. Labry, président de l'association de familles pour le développement de l'accompagnement et de l'inclusion médico-sociale (AFDAEIM) ;
- et les observations de M. B, directeur général de l'AFDAEIM, ayant également reçu une délégation de pouvoir de M. Labry, président de l'AFDAEIM.
Par une ordonnance du 25 mars 2024, la clôture de l'instruction a été différée au 29 mars 2024 à 12h00, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A F, né le 21 septembre 2006 et scolarisé à l'unité d'enseignement de l'institut médico-éducatif de l'Espoir de Garges-lès-Gonesse depuis le 1er septembre 2022, est porteur d'un trouble du spectre de l'autisme. Par une décision, en date du 6 mai 2022, la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris lui a reconnu un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80% et l'a orienté vers un institut médico-éducatif du 15 février 2022 au 21 septembre 2027 puis, par une décision du
5 janvier 2023, vers une unité d'enseignement pour la période du 1er septembre 2022 au
31 août 2027. Le 24 janvier 2023, M. D A, père de l'enfant, a sollicité, auprès de la MDPH, une demande de production d'un projet personnalisé de scolarisation (PPS), lequel lui a été adressé le 21 février 2023. Par courriel, en date du 31 mars 2023, M. A a contacté le rectorat de l'académie de Versailles afin de mettre en œuvre le PPS et une proposition de projet personnalisé permettant la mise en œuvre de ce PPS lui est parvenue, le
9 mai 2023. M. A a mis en demeure l'institut médico-éducatif, le 20 novembre 2023, d'une part, et, le rectorat, le 25 novembre 2023, d'autre part, de mettre en conformité le projet personnalisé réceptionné. Par un courrier, en date du 22 décembre 2023, la direction académique des services de l'éducation nationale a implicitement rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a rejeté sa demande de modification du projet personnalisé.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de cette même décision, y compris celles aux fins d'injonction, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au recteur de l'académie de Versailles.
Copie en sera adressée à l'association de familles pour le développement de l'accompagnement et de l'inclusion médico-sociale
Fait à Cergy, le 3 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 0
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