Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402731
jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402731 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 26 février et le 2 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 24 février 2024 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est dépourvu de base légale dès lors qu'il est en situation de séjour régulier en France et a bien demandé le renouvellement de son titre de séjour ;
- il méconnait son droit à être entendu en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- il méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est irrégulière dès lors que le risque de fuite n'est pas établi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Bulajic, représentant M. A, également présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant pakistanais, né le 16 septembre 1992, soutient être entré en France en 2008 sans pouvoir l'étayer formellement. Il a été par la suite mis en possession de plusieurs titres de séjour dont le dernier est arrivé à expiration le 2 janvier 2024. A la suite d'une interpellation par les services de police le 24 février 2024 pour des faits de menaces de mort réitérés et appels téléphoniques malveillants, l'intéressé a été placé en garde à vue. Le même jour, le préfet de police de Paris a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'un arrêté prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".
3. Il résulte de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français a pour fondement le 2° de l'article L. 611-1 précité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a bien demandé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire valable jusqu'au 18 avril 2022 comme le démontre son récépissé expiré le 4 janvier 2024 produit au dossier. Ainsi, l'intéressé ne peut être considéré comme n'ayant pas demandé le renouvellement de son titre de séjour au sens du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, aucune substitution de motif ou de base légale n'étant possible, le préfet de police de Paris a entaché sa décision d'une erreur de droit et l'a privée de base légale.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire sans délai doit être annulé en toutes ses dispositions. Par voie de conséquence, l'arrêté pris le même jour par le préfet de police de Paris portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'injonction, les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A sur le fondement des dispositions des articles
L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les arrêtés susvisés du 24 février 2024 du préfet de police de Paris sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°24027310
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026