Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402800

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 février 2024 et le 21 mai 2024, Mme D A, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification, en la munissant, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont à cet égard entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et transmet au tribunal les pièces constitutives du dossier.

Par une ordonnance du 2 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mai 2024 à 12 heures.

Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lusinier, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante congolaise (République du Congo) née le 19 novembre 1993, déclare être entrée sur le territoire français le 29 août 2010. Le 19 mars 2019, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme D A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme B, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n° 23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire avec refus de délai de départ, celles fixant le pays de destination et celles portant interdiction de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il n'est pas établi ni même soutenu que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait " qui en constituent le fondement.

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et mentionne les considérations de fait qui ont conduit à son édiction. A cet égard, le préfet n'était pas tenu de faire état de tous les éléments de la vie professionnelle et personnelle de Mme D A, alors même, au demeurant, qu'elle a demandé un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit donc être écarté.

5. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et attentif de la situation personnelle de la requérante. Le moyen tiré à cet égard de l'erreur de droit doit donc être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (). ".

7. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

8. Mme D A soutient qu'elle vit en France depuis 2010, qu'elle parle parfaitement le français, qu'elle n'a pas d'attaches dans son pays d'origine et qu'elle est intégrée professionnellement et socialement. Toutefois, si l'intéressée produit une promesse d'embauche signée le 11 mars 2019 pour occuper un poste d'agent d'entretien au sein de la société Waki Services établie à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ainsi qu'une demande d'autorisation de travail faite le 5 février 2019, cette société n'a jamais répondu à la demande d'authentification adressée par la direction des migrations et de l'intégration tandis que la requérante a indiqué, lors de la séance de la commission du titre de séjour qui s'est tenue le 13 octobre 2023, qu'elle n'avait jamais travaillé pour cette société. Certes, Mme D A justifie d'une autre promesse d'embauche émanant de la société Rhône Services Conseil, également domiciliée à Rosny-sous-Bois et spécialisée dans le bâtiment. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette société, comme la précédente, n'a pas répondu à la demande d'authentification adressée par la préfecture. En outre, l'intéressée ne verse à l'instance que huit bulletins de salaire entre le 1er février et le 30 novembre 2019 la rémunérant en qualité d'agent d'entretien au sein de la société SEPADEF domiciliée à Puteaux (Hauts-de-Seine). Si Mme D A allègue également avoir passé le concours d'aide-soignante en 2012 et coiffer actuellement des petites filles pour subvenir à ses besoins, elle n'en justifie pas. Enfin, alors que Mme D A fait valoir que le centre de ses intérêts se trouve en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle y est célibataire sans charge de famille. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel. Est à cet égard sans incidence la circonstance que Mme D A soit arrivée sur le territoire français à l'âge de dix-sept ans et s'y soit maintenue depuis plus de treize ans, alors par ailleurs que la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à sa régularisation.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, ne saurait davantage être accueilli le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant d'admettre au séjour Mme D A n'est pas illégale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D A, à son conseil Me Bernard, et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes C et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

V. LUSINIER

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière