Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402827

vendredi 8 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402827
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 8 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Samba, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour avec changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'une autorisation de travail lui a été accordée pour un emploi en contrat à durée indéterminée au sein de la société ABC FV PARIS ; qu'en outre, son titre de séjour expire le 1er mars 2024 et qu'enfin, en l'absence de titre de séjour l'autorisant à travailler, la suspension de son contrat de travail, à compter du 4 mars et notifiée par son employeur le 26 février 2024, prendra effet ;

- l'absence de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " salarié " porte une atteinte manifestement grave et illégale à la liberté contractuelle et à son droit au travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que Mme B ne soulève aucun motif l'ayant empêché de récupérer son titre de séjour expiré le 1er mars 2024 et que, conformément aux recommandations des services de la préfecture, elle a effectué une nouvelle demande de titre de séjour, laquelle est en cours d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 8 mars 2024 à 10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience : le rapport de M. Thobaty, juge des référés. Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 25 février 1994 à Agadir au Maroc, est entrée sur le territoire français munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 1 septembre 2023. Titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", valable du 2 septembre 2023 au 1er mars 2024, elle a déposé, le 28 novembre 2023, auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, une demande de changement de statut d'" étudiant " vers un titre de séjour portant la mention " salarié ". Le 22 janvier 2024, sa demande a été classée sans suite au motif que son titre de séjour n'avait pas été retiré. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour avec changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " salarié ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heure ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte en outre de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le juge des référés peut, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, une mesure d'organisation des services placés sous son autorité lorsqu'une telle mesure est nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Toutefois, le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 précité, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale. Eu égard à son office, il peut également, le cas échéant, décider de déterminer dans une décision ultérieure prise à brève échéance les mesures complémentaires qui s'imposent et qui peuvent également être très rapidement mises en œuvre. Dans tous les cas, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 précité est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. Compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

4. Pour justifier de l'urgence exigée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme B indique que son employeur la société ABC FV PARIS a obtenu une autorisation de travail le 25 septembre 2023 en vue d'un contrat de travail qui a été conclu à cette date et suspendu le 4 mars 2024 en l'absence d'autorisation de séjour. Mme B soutient que son précédent titre de séjour n'a pu lui être remis en l'absence d'information quant à sa disponibilité et que si sa demande de titre de séjour par changement vers le statut de salarié a été enregistrée, elle n'a pas bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour. Il résulte cependant de l'instruction que le contrat de travail à durée à durée indéterminée qu'elle a conclu correspondait à une autorisation de travailler à temps partiel en tant qu'étudiante et que le contrat de travail a été suspendu en raison de ce que le nombre d'heures autorisées limité à 964 heures était atteint. Eu égard aux faits que l'intéressée a demandé un changement du statut d'étudiant au statut de salarié et que l'autorisation de travail concernait un travail à temps partiel, l'urgence particulière justifiant qu'il soit ordonné à très bref délai, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une mesure de sauvegarde remédiant à une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est pas caractérisée. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au préfet des Hauts-de-Seine et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 8 mars 2024.

Le juge des référés

signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.