Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402872
lundi 4 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402872 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 28 février 2024 et les 3 et 4 mars 2024, Mme A C B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle a entamé les démarches en vue d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour " salarié " dès septembre 2023 mais que sa demande n'a été enregistrée en dernier lieu par la préfecture du Val-d'Oise que le 11 décembre 2023, sans qu'aucun récépissé ne lui soit délivré depuis malgré ses nombreuses demandes et relances, alors que son titre de séjour a expiré le 13 novembre 2023 ; qu'ainsi, placée en situation irrégulière, son contrat de travail a été suspendu dès le 14 novembre 2023, tout comme ses droits sociaux alors qu'elle a deux enfants à charge ; qu'il existe une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, en méconnaissance des articles R. 311-4 et R. 311-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la délivrance d'un récépissé est de plein droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties de la tenue de l'audience publique du 4 mars 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés,
- et les observations de Mme B, requérante, présente, qui fait valoir l'atteinte portée à son droit d'exercer une activité professionnelle et demande, en conséquence d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui remettre, le plus rapidement possible, un récépissé de demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C B, ressortissante algérienne née le 14 mars 1992 à
El Harrach en Algérie, est entrée régulièrement sur le territoire français, le 11 août 2019, munie d'un visa " étudiant ". Mise en possession d'un titre de séjour " étudiant " jusqu'en 2022, elle a présenté une demande de changement de statut et obtenu un titre de séjour " salarié " qui a expiré le 13 novembre 2023. Elle a présenté une demande de renouvellement qui a été enregistrée en dernier lieu par les services de la préfecture du Val-d'Oise, le 11 décembre 2023. A l'issue de l'enregistrement de celle-ci, et malgré plusieurs sollicitations de sa part, elle n'a pas été munie de récépissé et se trouve dépourvue de régularité au séjour et au travail. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ". Aux termes de l'article R. 431-15 de ce même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte de l'instruction que la société PricewaterhouseCoopers Audit, employeur de Mme B, a suspendu son contrat de travail, à compter du 14 novembre 2023, du fait de la fin de validité de son titre de séjour et que cette suspension est toujours effective en raison de l'absence de présentation d'un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour. Dans ces conditions, et dans les circonstances très particulières de l'espèce, la requérante doit être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence appelant, à bref délai, une réponse du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de récépissé, l'intéressée n'est plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France et de conserver son emploi. Dès lors, et pour regrettable que soit la falsification d'un document administratif pour accélérer le traitement de sa demande par la requérante qui a profondément regretté ce procédé lors de l'audience, et la date de convocation à un rendez-vous en sous-préfecture d'Argenteuil, seulement prévue le 13 juin 2024 à 9h00, en ne remettant pas à Mme B le récépissé de demande de titre de séjour sollicité, dans un bref délai, le préfet du Val-d'Oise doit être regardé comme portant une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de l'intéressée ainsi qu'à sa liberté d'exercer une activité professionnelle.
6. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de remettre à Mme B un récépissé de demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. Mme B ne justifiant d'aucun frais spécifique engagé en vue de la présente instance, il y a lieu de rejeter ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de remettre à Mme B un récépissé de demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera délivrée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 4 mars 2024.
Le juge des référés,
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24028722
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