Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402951
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402951 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er mars 2024, la société TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 septembre 2023 par laquelle le maire de Villeneuve-la-Garenne s'est opposé à sa déclaration préalable en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 5-13 rue Paul Signac à Villeneuve-la-Garenne et de la décision du 22 décembre 2023 de rejet de son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond ;
2°) d'enjoindre au maire de Villeneuve-la-Garenne, à titre principal, de lui délivrer un certificat provisoire de non-opposition à sa déclaration préalable pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur un terrain situé 5-13 rue Paul Signac à Villeneuve-la-Garenne ou, à titre subsidiaire, de prendre un arrêté provisoire de non-opposition à sa déclaration préalable dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne la somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile en 3G et 4G et à ses intérêts propres, lesquels sont compromis par les décisions attaquées dès lors qu'elles portent atteintes aux engagements contractuels de l'opérateur Free Mobile, dont elle défend les intérêts relatifs aux obligations et échéances de déploiement de sites 5G. Enfin, le territoire voisin du projet n'est pas couvert par le réseau propre de téléphonie mobile de l'opérateur.
Les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont fondées sur des faits matériellement non établis dès lors que la commune n'a pas examiné la qualité du site sur lequel l'installation est projetée ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que les installations seront dissimulées dans de fausses cheminées et conformes aux prescriptions du PLU, l'impact visuel étant très fortement limité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, la commune de Villeneuve-la-Garenne, conclut :
1°) au rejet de la requête en raison en l'absence d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;
2°) à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société TDF en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors qu'elle ne fait pas apparaître la nécessité et l'urgence absolue de couvrir la zone prévue par l'installation et qu'elle ne justifie pas de l'insuffisance de couverture sur le territoire de la commune ;
- aucun moyen n'est de nature à faire naitre un doute quant à la légalité des décisions attaquées.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2402854, enregistrée le 21 février 2024, par laquelle la société TDF demande l'annulation des décisions susvisées.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des postes et communications électroniques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 19 mars 2024 à 15 heures 30.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :
- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;
- les observations de Me Semino substituant Me Bon-Julien, représentant la société TDF ;
- la commune de Villeneuve-la-Garenne n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société TDF a déposé, le 20 juillet 2023, un dossier de déclaration préalable portant sur l'installation d'une station relais de téléphonie sur la toiture d'un immeuble situé 5-13 rue Paul Signac à Villeneuve-la-Garenne. Le 22 août 2023, la commune de Villeneuve-la-Garenne a sollicité la production d'une pièce complémentaire. Par une décision du 5 septembre 2023 notifiée le 6 octobre 2023, le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne s'est opposé à la réalisation de ces travaux au motif que le projet porte atteinte, en violation des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, au bâtiment sur lequel il est implanté. La société TDF a formé, le 20 octobre 2023, un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été rejeté par une décision du 22 décembre 2023 notifiée le 10 janvier 2024. Par la présente requête, la société TDF demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 septembre 2023 et du rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, la société requérante démontre qu'elle s'est engagée contractuellement à réaliser les travaux nécessaires au déploiement du réseau de la société Free mobile soumise à un cahier des charges exigeant afin de soutenir les déploiements de la 5G en bande 3,5 GHz dans le cadre de ses obligations de couvertures de population par l' Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP), et à densifier la couverture du territoire sur la fréquence 700MHz en réseau 4G et 5G. En outre, elle soutient d'une part que le site concerné par le projet litigieux fait partie de la stratégie de déploiement de la 5G, sur les fréquence 3,5 GHz, et de la densification de la couverture du territoire en 4G et 5G sur la fréquence 700 MHz par l'opérateur et doit lui permettre de remplir ses obligations à l'échelle nationale, et d'autre part que ce projet s'inscrit dans un contexte urbain dense de la commune de Villeneuve-la-Garenne et vise la pose d'installations permettant le déploiement d'antennes 5G pour un signal dans la bande de 3,5 MHz sur un territoire qui ne répond pas à ce jour aux obligations fixées par l'Arcep. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de son article R*424-1 : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ".
6. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat. ()Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ". Aux termes de son article R*423-18 : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus par le paragraphe 2 de la sous-section 3 ci-dessous, pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande ". Aux termes de son article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de son article R. 423-22 : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur () la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R.423-38 et R.423-41 ". Aux termes de son article R. 423-23 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de son article R. 423-24 : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R.423-23 est majoré d'un mois lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévues par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () ". Aux termes de son article R*423-42 : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R.423-24 à R.423-33, l'autorité compétente indique au demandeur a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; b) Les motifs de la modification de délai ; c) Lorsque le projet entre dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis ".
7. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Aux termes de son article L. 424-8 : " Le permis tacite et la décision de non-opposition à une déclaration préalable sont exécutoires à compter de la date à laquelle ils sont acquis ".
8. Aux termes de l'article R. 424-10 du code de l'urbanisme : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ou, dans les cas prévus à l'article R. 423-48, par transmission électronique () ". Le demandeur est réputé avoir reçu notification de la décision à la date de la première présentation du courrier par lequel elle lui est adressée.
9. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".
10. Il résulte de l'instruction que le délai d'instruction prévu à L. 424-2 du code de l'urbanisme a commencé à courir le 20 juillet 2023. Ce délai, qui détermine le terme à l'issue duquel le silence gardé par l'autorité décisionnaire fait naitre une décision implicite d'acceptation si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue de ce délai, a expiré le 20 août 2023. Si la commune a adressé une demande de pièces complémentaires notifiée le 22 août 2023, une telle demande notifiée postérieurement à la naissance d'une décision implicite d'acceptation née le 20 aout 2023 n'a pu interrompre le délai d'instruction.
11. Ainsi, la décision du 22 décembre 2023 notifiée le 10 janvier 2024 s'opposant à la déclaration préalable déposée par la société TDF doit être regardée comme une décision de retrait d'une décision créatrice de droits dont la légalité est soumise à une notification dans un délai de trois mois et à une illégalité de la décision tacite acceptation en application de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et au respect d'une procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
12. Aux termes de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en l'installation en terrasse d'un grand immeuble collectif de plusieurs étages d'une station de relais de téléphonie mobile et implique la pose de trois fausses cheminées abritant chacune deux antennes sur un mât de 2,10 m de hauteur et l'installation d'équipements techniques sur terrasse, non visible depuis la voie publique, dans un milieu urbanisé hétéroclite et dénué d'intérêt particulier.
14. La décision, qui est motivée par la circonstance que " par ses dimensions et son implantation, le projet porte atteinte au bâtiment sur lequel il est implanté " ne caractérise pas des lieux environnants qui ne ressort pas non plus de l'instruction.
15. Dans ces conditions, en l'état d'instruction, le moyen tiré de ce le maire de Franconville a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-27 du règlement du plan local d'urbanisme est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
16. Il résulte de l'instruction que cette décision de retrait a été édictée sans que soit mis en œuvre la procédure contradictoire organisée à L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
17. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de la décision attaquée.
18. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
19. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision du 5 septembre 2023 notifiée le 6 octobre 2023, par laquelle le maire de Villeneuve-la-Garenne s'est opposé à la déclaration préalable de la société TDF pour l'installation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 5-13 rue Paul Signac à Villeneuve-la-Garenne et de la décision du 22 décembre 2023 de rejet de son recours gracieux est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond.
Sur les conclusions en injonction :
20. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
21. Aux termes de L. 424-3 du Code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L 421-6 ". Aux termes de son article R. 424-13 : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. Ce certificat mentionne la date d'affichage en mairie ou la date de publication par voie électronique de l'avis de dépôt prévu à l'article R. * 423-6. En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ".
22. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 6 août 2015 que ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 du même code conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition.
23. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge suspend l'exécution d'un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il peut ordonner d'office à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eut égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
24. Eu égard à l'illégalité des motifs opposés dans la décision attaquée, la suspension de l'exécution de la décision du 5 septembre 2023 par laquelle le maire de Villeneuve-la-Garenne s'est opposé à sa déclaration préalable pour l'installation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 5-13 rue Paul Signac à Villeneuve-la-Garenne implique nécessairement la délivrance d'un certificat de non opposition tacite. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne de délivrer à la société TDF, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance, un certificat de non opposition tacite à la déclaration préalable de travaux déposée par la société TDF le 20 juillet 2023 en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par la commune de Villeneuve-la-Garenne. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la commune de Villeneuve-la-Garenne à verser une somme de 1.000 euros à la société TDF en application de ces mêmes dispositions au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 5 septembre 2023 notifiée le 6 octobre 2023, par laquelle le maire de Villeneuve-la-Garenne s'est opposé à la déclaration préalable de la société TDF en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 5-13 rue Paul Signac à Villeneuve-la-Garenne et de la décision du 22 décembre 2023 de rejet de son recours gracieux est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne de délivrer à la société TDF, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance, un certificat de non opposition tacite à la déclaration préalable de travaux déposée par la société TDF le 20 juillet 2023 en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond.
Article 3 : La commune de Villeneuve-la-Garenne versera la somme de 1.000 euros à la société TDF, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société TDF et à la commune de Villeneuve-la-Garenne.
Fait, à Cergy, le 2 avril 2024.
Le juge des référés
signé
G. Thobaty
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.4
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