Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402999
jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2402999 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er mars 2024, M. G D, représenté par Me Sadoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation n'a pas été analysée au regard de l'accord franco-algérien, qui régit de manière exclusive la situation des ressortissants algériens ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- est entachée d'une erreur de droit eu égard à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances particulières, en ce qu'il dispose d'un logement et d'un travail ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de forme dès lors que l'arrêté ne mentionne pas en en-tête le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français ;
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;
- est disproportionnée ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Garona comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 avril 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme Garona, magistrate désignée,
- et les observations orales de Me Sadoun, pour M. D.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. G D, ressortissant algérien, né le 1er août 1994, déclare être entré irrégulièrement en France en 2022. Le 28 février 2024, il a été interpellé par les services de police pour des faits de violences volontaires avec armes en réunion, ce qui a révélé son séjour irrégulier sur le territoire national. Par l'arrêté attaqué du 29 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté SGAD n° 2023-078 du 4 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du 19 décembre 2023, Mme C F - Morales, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, disposait d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions d'obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ainsi que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, et de Mme A, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que celles-ci n'étaient ni absentes, ni empêchées à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées, qui manque en fait, doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que l'intéressé est entré irrégulièrement en France et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national, n'a pas accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative et n'est pas titulaire d'un titre de séjour. Elle indique enfin que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Ainsi, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.
5. En troisième lieu, si M. D soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation n'a pas été analysée au regard de l'accord franco-algérien, qui régit de manière exclusive la situation des ressortissants algériens, cet accord n'a vocation à régir que le seul droit au séjour des ressortissants algériens. Dès lors, un tel moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français est inopérant et doit par suite être écarté.
6. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
8. Pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur deux motifs tirés d'une part, de ce que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative et d'autre part, que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.
9. M. D soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et conteste les faits de violence volontaires avec arme en réunion qui lui sont reprochés. Toutefois et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet des Hauts-de-Seine aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le seul motif tiré de ce que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. M. D soutient qu'il est entré en France à l'été 2022 et se prévaut de ce qu'il exerce une activité professionnelle de livreur de repas et de courses à domicile lui procurant des revenus satisfaisants. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la durée de présence de M. D en France, à la supposer établie, est récente à la date de la décision attaquée, qu'il est célibataire et sans charge de famille et se maintient en situation irrégulière depuis son entrée sur le territoire national. D'autre part, s'il se prévaut d'attaches familiales et notamment de la présence de sa tante, il n'en justifie pas. Enfin et en tout état de cause, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, l'Algérie, où il a vécu, à tout le moins, jusqu'à l'âge de 28 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision attaquée.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :
/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. / () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".
14. Contrairement à ce que soutient M. D, la circonstance qu'il dispose d'un logement et d'un travail ne constitue pas des circonstances particulières au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'en outre, il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En tout état de cause, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire se fonde sur un second motif tiré de ce que le requérant a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, motif non contesté par le requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, la décision vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D, entré en France en 2022, ne dispose pas de fortes attaches sur le territoire et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.
17. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une irrégularité ou d'un vice de forme dès lors que l'arrêté ne mentionne pas en en-tête le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français, il ne se prévaut de la méconnaissance d'aucun texte, de sorte que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
18. En troisième lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
19. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ".
20. Si le requérant se prévaut de ce qu'il travaille et de ce qu'il justifie d'un logement, ces circonstances ne constituent pas des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6. Par suite, le moyen doit être écarté.
21. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que la présence en France du requérant est récente à la date de la décision attaquée, qu'il ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle sur le territoire national. Dans ces conditions et alors même qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, ni n'aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'est disproportionnée, ni dans son principe, ni dans sa durée. Par suite, le moyen doit être écarté.
22. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
E. Garona
La greffière,
signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026