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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2403086

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403086

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHATEGEKIMANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. B C, représenté par Me Hategekimana, avocat désigné d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités croates ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un dossier d'enregistrement de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avec une attestation de demandeur d'asile.

Il soutient que :

- la décision de transfert méconnait les dispositions de l'alinéa 4 de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnait les dispositions des alinéas 4 et 5 de l'article 5 du règlement (UE)

n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que l'entretien individuel n'a pas été mené par une personne qualifiée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du

26 juin 2013 ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré 20 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 :

- le rapport de Mme Bocquet,

- les observations de Me Hategekimana, avocat désigné d'office représentant

M. C, assisté de M. A, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant turc né le 1er février 1997, a enregistré le

9 novembre 2023 une demande d'asile en France. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé, par la comparaison des empreintes de l'intéressé, qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités croates préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Par conséquent, une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 18-1 b du règlement UE n°604/2013, a été adressée, le 10 novembre 2023, aux autorités croates, qui l'ont acceptée implicitement, ce dont elles ont été avisées par un message du 5 février 2024. Par un arrêté du 20 février 2024 dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer

M. C aux autorités croates.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

3. S'il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. (Conseil d'Etat, 19 janv. 2024, n°472681)

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié d'un entretien individuel réalisé à la préfecture du Val-d'Oise le 9 novembre 2023. Toutefois, en l'absence de toute indication sur le compte-rendu permettant d'identifier l'agent ayant conduit l'entretien et le préfet du Val-d'Oise n'apportant aucun élément de nature à établir sa qualité, l'entretien ne peut être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013. Les circonstances que le compte-rendu de cet entretien, dépourvu d'en-tête, mentionne que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture du Val-d'Oise ", fasse figurer les initiales de l'agent ainsi qu'un tampon " Agent de la préfecture du Val-d'Oise " sont insuffisantes à cet égard et le préfet n'a apporté aucun élément sur ce point, dans ses écritures ou dans les pièces produites, permettant d'attester de la qualité de cet agent. Par suite, le moyen de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités croates.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du 20 février 2024 du préfet du Val-d'Oise portant transfert aux autorités croates, eu égard au motif qui fonde cette annulation, implique uniquement mais nécessairement que l'administration procède au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé du transfert de M. C aux autorités croates responsables de sa demande d'asile est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la situation administrative de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. Bocquet La greffière,

Signé

O. El Moctar La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24030862

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