Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403087

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. A, représenté par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien né le 13 mai 1985, déclare être entré sur le territoire français le 15 janvier 2016. Le 16 août 2023, il a sollicité une admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui établit la réalité de sa présence ininterrompue sur le territoire français depuis le 2 juin 2016 par la production de cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat et de nombreux et divers documents, est marié depuis le 24 janvier 2011 à une compatriote titulaire d'un titre de séjour, valable du 15 mars 2023 au 14 mars 2024, et que les époux ont un fils mineur dont la demande de regroupement familial est pendante depuis le 5 juillet 2022. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment des contrats de travail, bulletins de salaire, demandes d'autorisation de travail et lettres de recommandation produits, que M. A justifie d'une activité professionnelle en tant que " vendeur " du 31 janvier 2019 au 2 novembre 2020 au sein de la société " TROPICAL STORE " située à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), puis en tant que " employé polyvalent " du 1er juillet 2022 au 3 octobre 2022 au sein de la société " J3 STORE " située à Gonesse (Val-d'Oise) et depuis le 15 janvier 2023 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée au sein de la société " OMAID " située à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise). La circonstance que M. A ait conduit sans permis le 19 août 2017, délit pour lequel il a été condamné par la cour d'appel de Versailles le 5 octobre 2017 à une amende de 500 euros, et commis un vol le 6 février 2019, délit pour lequel il a été condamné par le tribunal de grande instance de Pontoise le 27 mars 2019 à 200 euros d'amende, ne saurait le faire regarder comme constituant une menace pour l'ordre public dès lors qu'il s'agit de délits anciens, de faible gravité et n'ayant pas fait l'objet de récidives. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard notamment à ses liens familiaux très forts en France et à son insertion professionnelle, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 février 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de l'admettre au séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision du même jour par laquelle le préfet l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer un titre de séjour à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions du 8 février 2024 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé l'admission au séjour de M. A et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière