Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403117
mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mars 2024, le ministère de l'intérieur et des outre-mer, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion du lieutenant-colonel D B, ainsi qu'à tous occupants de son chef, du logement de type F4, d'une superficie de 107,91 m2, bâtiment C, appartement 21, situé au sein de la résidence Quintessence, sise au 14 boulevard Sénard, à Saint-Cloud (92210), qu'il occupe sans droit ni titre, ainsi que l'évacuation des mobiliers et affaires personnelles, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de l'autoriser à faire procéder, à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, à l'expulsion du lieutenant-colonel B, ainsi qu'à tous occupants de son chef, à l'évacuation des mobiliers et des affaires personnelles et à l'inventaire des biens-mobiliers et personnels pouvant s'y trouver, le cas échéant, avec le concours de la force publique.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'occupation du logement fait obstacle à l'attribution de ce dernier à un personnel militaire en position d'activité alors qu'aucun autre logement n'est disponible au sein de la résidence dans laquelle se trouve le lieutenant-colonel B, ce qui compromet le fonctionnement normal du service public ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors que le lieutenant-colonel B a été placé en congé de longue durée pour maladie par une décision notifiée le 8 septembre 2022, date à compter de laquelle il disposait d'un délai d'un mois pour libérer ledit logement ; qu'en outre, il a bénéficié d'un sursis d'évacuation d'une durée de dix mois l'autorisant à se maintenir dans les lieux jusqu'au 7 août 2023 moyennant une redevance d'occupation ; qu'enfin, il se maintient dans le logement malgré l'expiration du délai maximal de sursis à évacuation qui lui avait été accordé et qu'il est, par conséquent, occupant sans droit ni titre depuis le 7 août 2023 ;
- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que le lieutenant-colonel B doit être regardé comme un occupant sans droit ni titre, que lui a été notifiée, via sa curatrice, une mise en demeure lui commandant d'évacuer les lieux pour le 29 août 2023 et qu'il occupe toujours le logement de manière irrégulière.
La requête a été communiquée à M. D B, ainsi qu'à Mme A, sa curatrice, qui n'ont pas produit d'observations en défense, ni de pièces.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 22 avril 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de M. C, représentant, par délégation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 12 mai 2021, le lieutenant-colonel D B a bénéficié d'une concession de logement par nécessité absolue du service. Le 2 août 2022, le lieutenant-colonel B a sollicité par anticipation un sursis d'évacuation de son logement n°21 du Bâtiment C au sein de la résidence locative Quintessence située au 14 boulevard Sénard à Saint-Cloud. Par une décision du 22 août 2022, notifiée le 8 septembre 2022, il a été placé en congé de longue durée pour maladie. Le 27 septembre 2022, un sursis d'évacuation lui a été accordé pour une durée de six mois à compter du 8 octobre 2022 et jusqu'au 7 avril 2023. Le 16 avril 2023, la curatrice du lieutenant-colonel B a sollicité, par courrier, un nouveau sursis d'évacuation, lequel a été accordé par une décision du 25 avril 2023, notifiée le 5 mai 2023, pour une durée de quatre mois à compter du 7 avril 2023 au 7 août 2023. N'ayant pas libéré le logement qui lui avait été accordé, le 21 août 2023, lui a été notifiée une mise en demeure, via sa curatrice, d'évacuer les lieux pour le 29 août 2023. Par la présente requête, le ministère de l'intérieur et des outre-mer demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion du lieutenant-colonel B du logement qu'il occupe sans droit ni titre et de l'autoriser à procéder, à son expulsion, à l'évacuation des mobiliers et des affaires personnelles et à l'inventaire des biens-mobilier et personnels pouvant s'y trouver, le cas échéant avec le concours de la force publique.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsqu'il est saisi sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés fait droit à celles-ci, dès lors, d'une part, que la demande présentée ne se heurte à aucune contestation sérieuse compte tenu de la nature et du bien-fondé des moyens soulevés à son encontre, d'autre part, que la libération des locaux occupés présente un caractère d'urgence.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le présent code s'applique aux biens et aux droits, à caractère mobilier ou immobilier, appartenant à l'Etat, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu'aux établissements publics ". Aux termes de l'article L. 2111-1 du même code : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de service public ". Aux termes de l'article L. 2111-2 du code précité : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable. ". Aux termes de l'article D. 2124-75 dudit code : " Les personnels de tous grades de la gendarmerie nationale en activité de service et logés dans des casernements ou des locaux annexés aux casernements bénéficient d'une concession de logement par nécessité absolue de service ". Aux termes de l'article R. 2124-74 du même code : " L'occupant qui ne peut justifier d'un titre est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'expulsion. En outre, pour toute la période pendant laquelle il occupe les locaux sans titre, notamment dans le cas où son titre est venu à expiration, il est astreint au paiement d'une redevance fixée par le directeur départemental des finances publiques, égale à la valeur locative réelle des locaux occupés. Cette redevance est majorée de 50 % pour les six premiers mois, de 100 % au-delà ".
4. En premier lieu, il est constant qu'en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée, via sa curatrice, le lieutenant-colonel B n'a pas quitté le logement qu'il occupe sans droit ni titre et qui relève du domaine public en application des dispositions précitées du code général de la propriété publique.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le maintien du lieutenant-colonel B dans les lieux fait obstacle à l'affectation du logement à un personnel militaire en position d'activité, ce qui compromet le fonctionnement normal du service public, alors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir sans être contredit que les disponibilités en logement sont extrêmement tendues dans ce secteur géographique compte tenu des affectations ou des mouvements de mutation prévus à court terme. Dans ces circonstances, la mesure demandée présente un caractère utile et urgent au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
6. En troisième et dernier lieu, la demande présentée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. Dans ces conditions, tant l'urgence que l'utilité de la mesure d'expulsion demandée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer étant justifiées, il y a lieu d'enjoindre au lieutenant-colonel B de libérer le logement qu'il occupe sans droit ni titre au n°21 du Bâtiment C au sein de la résidence locative Quintessence située au 14 boulevard Sénard à Saint-Cloud (92210), et d'en évacuer ses biens mobiliers et affaires personnelles. Dans les circonstances particulières de l'espèce, un délai d'un mois lui est accordé à compter de la notification de la présente ordonnance pour satisfaire entièrement à cette injonction. A défaut d'exécution de cette mesure par l'intéressé lui-même, le ministre de l'intérieur et des outre-mer pourra faire usage de la force publique pour sa mise en œuvre dès l'expiration de ce délai.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au lieutenant-colonel B de quitter le logement qu'il occupe sans droit ni titre au n°21 du Bâtiment C au sein de la résidence locative Quintessence située au 14 boulevard Sénard à Saint-Cloud (92210) et de le libérer de tous ses biens meubles et affaires personnelles dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette décision pourra être exécutée si besoin avec le concours de la force publique.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministère de l'intérieur et des outre-mer, à M. D B et à Mme A, curatrice.
Fait à Cergy, le 30 avril 2024.
Le juge des référés
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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