Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403205

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2024, Mme A, représentée par

Me Carillo Cruz, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne ", et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle a déposé une demande de titre de séjour le 31 mai 2023 et qu'aucune suite n'a été donnée à sa demande depuis plus de 9 mois, ce malgré des relances de la part de son conseil ; cette situation lui est préjudiciable car elle est maintenue en situation irrégulière alors qu'elle réside en France depuis six ans avec son mari et ses trois enfants mineurs, son mari et deux de ses enfants étant de nationalité espagnole, et qu'elle risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- la mesure demandée est utile dès lors qu'elle apparait comme l'unique voie de droit pour obtenir un rendez-vous pour déposer son dossier et régulariser son séjour ;

- la mesure demandée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas formulé d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante équatorienne née le 28 mars 1990, fait valoir qu'elle ne parvient pas à obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine aux fins de déposer sa demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse faire enregistrer sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Pour justifier de l'urgence et de la nécessité de prononcer l'injonction sollicitée, Mme A soutient qu'elle réside sur le territoire français depuis 2018 auprès de son époux, ressortissant espagnol et de leurs trois enfants mineurs dont deux sont également de nationalité espagnole. Toutefois, elle ne fait état d'aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative avant le 31 mai 2023. Par ailleurs, si elle soutient tenter en vain de relancer la préfecture depuis cette date afin de connaître l'état d'avancement de son dossier, elle ne produit à l'appui de son allégation et ne justifie que d'une seule relance adressée par son conseil à la préfecture le 1er janvier 2024. Dans ces conditions, Mme A ne justifie pas de circonstances particulières, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, de la date et du fondement de sa demande de titre de séjour et de sa situation personnelle et familiale, impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d'urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. En outre, la demande de Mme A tend à obtenir un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne, alors qu'il ressort des termes mêmes de la requête que l'intéressée a déposé sa demande de titre de séjour le 31 mai 2023, date à laquelle lui a d'ailleurs été remis un document intitulé " confirmation du dépôt d'une pré-demande " constituant la preuve de dépôt de son dossier. Le silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande de Mme A a fait naître une décision implicite de rejet qui présente le caractère d'une décision administrative. La mesure demandée par la requérante, qui ne présente pas d'utilité et aurait pour effet de faire obstacle à l'exécution de cette décision, n'est donc, par suite, pas au nombre de celles susceptibles d'être prescrites par le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 15 mai 2024.

Le juge des référés,

signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.