Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403224
mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mars 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 20 mars 2024, la société civile immobilière (SCI) Coradi, représentée par Me Pillet, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 11 janvier 2024 par laquelle le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a exercé le droit de préemption urbain renforcé de la commune sur un local commercial situé au 152 boulevard Voltaire à Asnières-sur-Seine ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Asnières-sur-Seine la somme de 4 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a un intérêt à agir dès lors qu'elle agit en qualité d'acquéreur évincé ;
- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que l'acquéreur évincé bénéficie d'une présomption, qu'en outre, l'intérêt général public est inexistant ;
Les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la signature électronique n'a pas été sécurisée, au regard des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est insuffisamment motivée, au regard des dispositions des articles L. 211-2 et
L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'aucune disposition ne prévoit que le délai de deux mois pour exercer le droit de préemption puisse être interrompu à compter de la réception de la déclaration d'intention d'aliéner et que la décision d'exercice du droit de préemption doit être notifiée à l'acquéreur évincé mentionné dans la déclaration d'intention d'aliéner ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 et 20 mars 2024, la commune d'Asnières-sur-Seine conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir de la société requérante ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée
Vu :
- la requête n° 2403471, enregistrée le 6 mars 2024, par laquelle la SCI Coradi demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 21 mars 2024 à 10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Thobaty, juge des référés,
- les observations de Me Pillet, représentant la SCI Coradi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
- les observations des représentants de la commune d'Asnières qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
La SCI Coradi a présenté une note en délibéré enregistrée le 23 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 juillet 2023, la SCI Coradi a présenté une offre d'achat à la SCI Voltaire portant sur les murs d'un local commercial, sis 152 boulevard Voltaire à Asnières-sur-Seine, pour un montant de 200 000 euros TTC. L'offre d'achat a été acceptée le même jour et régularisée par un compromis le 30 octobre 2023. Le 2 novembre 2023, une déclaration d'intention d'aliéner a été complétée au nom de la SCI Voltaire, notifiée à la commune d'Asnières-sur-Seine le même jour, dont elle a accusé réception par courriel en date du 16 novembre 2023. Par une lettre en date du 27 novembre 2023, la commune a sollicité auprès du notaire de la SCI Coradi, la communication du contrat de bail et ses annexes et le dossier de diagnostic technique du local. Par un courrier en date du 11 décembre 2023, les documents demandés ont été communiqués à la commune. Par une décision e du 11 janvier 2024, le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a exercé son droit de préemption urbain renforcé sur le local commercial. Par la présente requête, la SCI Coradi demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser ". Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. Enfin, aux termes de l'article L.214-1 du même code : " Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, à l'intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux. A l'intérieur de ce périmètre, sont également soumises au droit de préemption visé à l'alinéa précédent les aliénations à titre onéreux de terrains portant ou destinés à porter des commerces d'une surface de vente comprise entre 300 et 1 000 mètres carrés. () Le droit de préemption est exercé selon les modalités prévues par les articles L. 213-4 à L. 213-7. Le silence du titulaire du droit de préemption pendant le délai de deux mois à compter de la réception de cette déclaration vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Le cédant peut alors réaliser la vente aux prix et conditions figurant dans sa déclaration. ".
3. En l'état de l'instruction, les moyens soulevés par la société requérante, tels que visés dans la présente ordonnance, n'apparaissent pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner si la société requérante a intérêt à agir, alors que la promesse de vente assortie d'une condition résolutoire en cas d'exercice d'un recours contentieux par la commune est caduque, et si la condition tenant à l'urgence est remplie, il y a lieu de rejeter la requête, y compris ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SCI Coradi est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Coradi, à la commune d'Asnières-sur-Seine et à la SCI Voltaire.
Fait à Cergy, le 3 avril 2024.
Le juge des référés,
signé
G. Thobaty
La République mande au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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