Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403236
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403236 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mars 2024, M. A C A, représenté par Me Siran, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours hiérarchique contre la décision de refus de sa demande de regroupement familial, prise par le préfet des Hauts-de-Seine en date du 14 octobre 2022, au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'admettre son épouse et leurs deux enfants au bénéfice du regroupement familial, ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il vit séparé de sa famille depuis huit ans et que sa femme et ses deux enfants vivent dans des conditions extrêmement précaires au Caire, où les enfants ne peuvent être scolarisés ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle a été prise par une autorité incompétente ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
* elle est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'elle minore ses revenus ;
* elle méconnait les dispositions des articles L. 434-2, L. 434-7, R. 434-4 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
* elle est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2402181, enregistrée le 14 février 2024, par laquelle M. C A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C A, ressortissant soudanais né le 18 juin 1977 à El Maleasa au Soudan, est entré sur le territoire français en 2010, selon ses déclarations, et a été admis au statut de réfugié par la Cour nationale du droit d'asile en 2012. Il a bénéficié, à ce titre, d'une carte de résident valable jusqu'au 17 janvier 2033. Le 14 mars 2016, il a épousé Mme B A, avec laquelle il a eu deux enfants. Il a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants, qui a été rejetée par le préfet des Hauts-de-Seine, par une décision en date du 14 octobre 2022. Le 5 décembre 2022, il a adressé un recours hiérarchique au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui est resté sans réponse. Par la présente requête, M. C A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours hiérarchique contre la décision de refus de sa demande de regroupement familial.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, " quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code précise que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. C A fait valoir qu'il vit séparé de son épouse avec laquelle il s'est marié, le 14 mars 2016, et de ses deux enfants mineurs, depuis huit ans et depuis la naissance de ses enfants. En outre, il affirme que son épouse et ses enfants ont été contraints de fuir le Soudan en raison de la guerre et qu'ils vivent désormais au Caire, en Egypte, où ils vivent dans des conditions extrêmement précaires, ses enfants ne pouvant être solarisés et la famille étant victime de racisme et de rejet social de la part de la société cairote. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne produit pas d'éléments matériels justifiant des conditions d'existence de sa famille en Egypte, ni n'établit leur avoir rendu visite, sachant qu'il soutient qu'ils ont toujours vécu séparés. Ces circonstances ne permettent pas de caractériser l'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions à fin de suspension de la requête de M. C A ne peuvent qu'être rejetées pour défaut d'urgence, et, par voie de conséquence, toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article
L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de M. C A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C A.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 2 avril 2024.
Le juge des référés,
signé
M. Poyet
La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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