mercredi 2 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403350 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | LEMOS PAES GONCALVES DA SILVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrées le 8 mars 2024, 24 juillet 2024, 26 juillet 2024 et le 16 décembre 2024, Mme B A C, représentée par Me Lemos, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, Me Lemos, en application de l'article 37 de la loi du 30 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.
Des pièces complémentaires enregistrées pour la requérante le 7 février 2025 ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Par une décision du 6 novembre 2023, le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme A C.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A C, ressortissante brésilienne née le 25 octobre 1990, déclare être entrée en France le 4 mai 2017. Le 6 juillet 2022, l'intéressée a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé par Mme D E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, consentie par l'arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département. Il n'est pas établi que le directeur des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Si cet article permet à l'autorité préfectorale de délivrer, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " à des ressortissants étrangers qui ne satisfont pas aux conditions requises pour prétendre à ces titres, cette faculté est toutefois subordonnée à la condition que l'admission au séjour du demandeur réponde à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir.
5. Mme A C soutient être entrée en France en 2017 et y résider depuis lors avec un compatriote et leurs trois enfants nés en 2018, 2019 et 2022 en France où ils sont scolarisés. Elle fait valoir qu'à la suite de l'annulation par un jugement de ce tribunal de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour de son compagnon, postérieurement à la décision attaquée, ce dernier a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 28 novembre 2025. Toutefois, la requérante n'établit ni la communauté de vie dont elle ne se prévaut avec ce dernier ni que le père de ses enfants contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par ailleurs, à la supposer établie, la seule durée de présence en France ne suffit pas à retenir l'existence de liens privés et familiaux en France. En outre, la requérante n'établit pas avoir noué des liens autres que familiaux au cours de ses années de présence en France. Enfin, compte tenu de leur jeune âge, il n'existe pas d'obstacle à ce que ses enfants poursuivent leur scolarité dans leur pays d'origine et qu'ils s'adaptent à un nouveau système éducatif. Dans ces conditions, alors qu'elle conserve l'ensemble de ses attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Enfin, si la requérante établit par la production de 24 bulletins de salaires qu'elle a exercé une activité en tant que caissière à temps plein au sein de la SAS LA FERME DU SPAHI d'octobre 2019 à 2021, cette circonstance ne suffit pas à caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant que soit délivré à la requérante un titre de séjour sur ce fondement. Dès lors, le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation et sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'admettre exceptionnellement au séjour la requérante.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme A C ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
7. En second lieu aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans un autre pays que la France, ni que les enfants de la requérante ne pourraient y poursuivre leur scolarité et s'adapter à un autre système éducatif compte tenu de leur jeune âge. Il s'ensuit que la décision attaquée n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants de la requérante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 , l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 30 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Louvel, premier conseiller,
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.
La rapporteure,
signé
C. Colin
Le président,
signé
S. Ouillon
La greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2410766
Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A..., ressortissant haïtien, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le préfet avait procédé à un examen sérieux de la situation et que le refus ne méconnaissait pas l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la délivrance d'un titre de séjour pour soins médicaux. La solution retenue s'appuie sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, dont les conclusions n'ont pas été utilement contestées par le requérant.
15/10/2025
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2410755
Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante italienne, qui contestait un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 29 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a également écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, faute pour la requérante d'établir avoir été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 251-1, et sur le principe général du droit de l'Union européenne relatif au respect des droits de la défense.
15/10/2025
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2410771
Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. A..., ressortissant sri-lankais, contre les arrêtés du préfet de police de Paris du 25 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour un an. En cours d'instance, le préfet du Val-d'Oise a délivré à M. A... un récépissé de demande de carte de séjour, rendant caduques les décisions attaquées. Le tribunal a donc constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions en annulation et a rejeté les conclusions à fin d'injonction. L'Etat a été condamné à verser 700 euros à M. A... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
15/10/2025