Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403390

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le mars 2024, M. C A, représenté par Me Raji, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile au titre de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle fixe l'Egypte comme pays de destination ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024 le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et transmet les pièces utiles au dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2024 :

- le rapport de M. Dussuet, président du tribunal ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant égyptien né le 1er janvier 1994, est entré sur le territoire français le 15 août 2011 et a sollicité l'asile le 19 février 2013. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 6 décembre 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 15 mai 2014. Sa première demande de réexamen a été rejetée pour irrecevabilité par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juin 2018, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 31 janvier 2019. Sa deuxième demande de réexamen a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juillet 2023. Par un arrêté du 12 février 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté SGAD n°2023-072 du 31 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, que M. D B, attaché, adjoint au chef de bureau et signataire de l'arrêté attaqué, s'est vu déléguer la signature du préfet des Hauts-de-Seine aux fins de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, de sorte que le moyen tiré de son incompétence ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de fait et de droit qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. A se prévaut de la présence en France de son frère, titulaire d'une carte de résident en raison de son statut de réfugié, il n'établit pas qu'il entretiendrait avec ce dernier des liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit pas, ni même n'allègue, avoir établi des liens intenses, stables et anciens sur le territoire français, ni être dépourvu de liens dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, M. A en soutenant qu'il encourt des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ce moyen est inopérant à l'encontre de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui ne fixe pas de pays de destination.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article article L. 721-3 de ce code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants "

8. En se bornant à faire valoir que ses attaches sont maintenant en France et qu'il craint d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison de ses opinions religieuses, le requérant, qui ne conteste pas détenir la nationalité égyptienne, qui ne produit aucun élément probant de nature à établir qu'en cas de retour en Egypte, il serait personnellement exposé à de tels traitements, et qui a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant l'Egypte comme pays de destination le préfet, a entaché sa décision d'une erreur de droit, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Si M. A soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de ses craintes en cas de retour en Egypte, il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou d'une erreur d'appréciation au regard.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le président du tribunal,

signé

J-P. DussuetLe greffier,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2316457

N°2403390