Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403420
jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, M. A, représenté par Me Assaouci Makroum, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
En ce qui concerne les décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et fixant le pays de destination :
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.
Le préfet du Val-d'Oise, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 20 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mai 2024 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2023.
Par un courrier du 21 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal, en cas d'annulation des décisions attaquées, était susceptible d'enjoindre d'office au préfet du Val-d'Oise de délivrer un titre de séjour à M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lusinier,
- et les observations de M. A, non représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais (République du Congo) né le 20 décembre 2000, est entré sur le territoire français le 28 avril 2019 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", avant de bénéficier d'un titre de séjour portant la même mention, valable du 23 juillet 2020 au 22 juillet 2023. Le 11 mai 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 9 de la convention franco-congolaise. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré sur le territoire français en 2019, a obtenu la même année son baccalauréat série " Scientifique, spécialité Sciences de la vie et de la terre ". Passionné par le domaine sportif et éducatif, il a sollicité son admission, via la plateforme Parcoursup, au cursus " Sciences et techniques des activités physiques et sportives " (STAPS), filière très prisée et tout aussi sélective. Malgré un profil scientifique, axé sur les sciences de la vie et particulièrement apprécié, sa candidature n'a pas été tirée au sort, l'obligeant ainsi à intégrer, par défaut, un Institut universitaire de technologie (IUT) préparant au diplôme universitaire de technologie, spécialité " Génie électrique et informatique industrielle " (DUT GEII). N'ayant pas obtenu les résultats escomptés pour valider sa première année et profondément déterminé à suivre un parcours universitaire dans le milieu du sport, il a à nouveau sollicité son intégration à la filière STAPS et a, une nouvelle fois, essuyé un refus. Malgré cette déception, il a persévéré dans sa volonté de poursuivre des études supérieures et c'est ainsi qu'il a intégré une licence 1 " Mathématiques, informatique, physique et ingénierie ", vœu pour lequel sa candidature avait été retenue. En dépit de ses efforts, il n'est pas parvenu à valider sa première année et a ainsi décidé de rejoindre le monde du sport par un autre biais en obtenant en 2022 un brevet professionnel, spécialité " Educateur sportif ", mention " Activités physiques pour tous ", délivré par le Centre de ressources d'expertise et de performance sportive Ile-de-France (CREPS IDF). Fort de cette réussite, il a animé plusieurs stages sportifs et a fait montre d'une forte volonté d'intégration en remplissant parallèlement les missions d'étudiant mentor et ambassadeur pour l'Université d'Evry à concurrence de 25 heures par mois. Déterminé à exercer un métier à haute valeur ajoutée dans le milieu sportif, il a intégré en 2023 une filière professionnalisante afin d'obtenir un diplôme d'études universitaires scientifiques et techniques (DEUST), spécialité " Animation et gestion des activités physiques, sportives ou culturelles " (AGAPSC), révélant ainsi son sérieux et sa volonté de progression dans un domaine qu'il affectionne depuis de nombreuses années. Au regard des circonstances très particulières de l'espèce, qui révèlent les qualités particulièrement méritoires de M. A, ce dernier est fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 novembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles il l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre d'office au préfet du Val-d'Oise de délivrer un titre de séjour à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
5. D'une part, M. A n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, le conseil de M. A n'a pas demandé la condamnation de l'Etat à lui verser la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait pas bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à la condamnation de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les décisions du 27 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer un titre de séjour à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à son conseil Me Assaouci Makroum, et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
V. LUSINIER
La présidente,
Signé
C. ORIOL
La greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
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