Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403466

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 25 mars 2024, la société TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ;

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Franconville-la-Garenne a fait opposition à la déclaration préalable de travaux déposée par la société TDF le 13 septembre 2023 en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile sur le toit terrasse d'un immeuble situé au 4 rue Bonne Rencontre à Franconville-la-Garenne, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Franconville-la-Garenne de prendre un arrêté provisoire de non-opposition à la cette déclaration préalable dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sarcelles la somme de 1.500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée porte une atteinte grave et suffisamment caractérisée, d'une part, à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire de la commune de Franconville-la-Garenne par les réseaux de téléphonie mobile 5G et compte tenu des obligations mises à la charge des opérateurs de téléphonie mobile et, d'autre part, aux intérêts propres de l'opérateur, la société Free Mobile, en ce qu'elle fait obstacle au déploiement du réseau de téléphonie mobile et est ainsi de nature à compromettre le respect de ses engagements en matière de couverture du territoire national en réseau 5G ; par ailleurs, elle porte une atteinte grave à ses intérêts propres, en ce qu'elle est liée à l'opérateur par un contrat cadre aux termes duquel elle est chargée de la réalisation des travaux d'aménagement et de l'obtention des autorisations d'urbanisme ; enfin, la partie du territoire concernée par le projet est insuffisamment couverte par son réseau 4G sur la fréquences 700 MHz et n'est pas couverte par son réseau 5G sur la 3,5 GHz, tel que démontré par les cartes de couverture réseau, de sorte que la station relais concernée est nécessaire au déploiement du réseau ;

Les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que le maire de la commune de Franconville-la-Garenne a considéré que le dossier de déclaration préalable déposé par la société TDF était incomplet, en ce qu'il ne précisait pas le traitement et l'aspect des bardages dissimulant les antennes, alors qu'il n'a pas sollicité de pièces complémentaires auprès de la société requérante ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, en ce que le bâtiment d'assiette se trouve en dehors de tout secteur protégé au titre du patrimoine bâti et que le projet s'intégrera dans l'environnent et d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article UR11 du règlement du plan local d'urbanisme ne sont pas opposables au projet.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, la commune de Franconville-la-Garenne conclut :

1°) au rejet de la requête en l'absence d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;

2°) à la mise à la charge de la société requérante de la somme de 1.500 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403623, enregistrée le 11 mars 2024, par laquelle la société TDF demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 25 mars 2024 à

14 heures 30.

Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Le rouge de Guerdavid substituant Me Bon-Julien, pour la société TDF qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. La société Télédiffusion de France (TDF) a déposé, le 13 septembre 2023, une déclaration préalable en vue de l'installation d'un site de radiotéléphonie mobile sur le toit terrasse d'un immeuble situé 4 rue Bonne Rencontre à Franconville-la-Garenne, sur une parcelle cadastrée section AN n°549, en vue de l'installation de six antennes et deux faisceaux hertziens sur deux mats dissimulés dans deux fausses cheminées, ainsi qu'à l'installation d'équipements techniques non visibles de la voie publique et d'une antenne GPS. Par un arrêté du 9 octobre 2023, le maire de la commune de Franconville-la-Garenne a fait opposition à cette déclaration préalable. La société TDF a formé un recours gracieux contre cette décision, reçu le 14 novembre 2023, qui a été implicitement rejeté par le maire de la commune de Franconville-la-Garenne. Par la présente requête, la société TDF demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, la société requérante démontre qu'elle s'est engagée contractuellement à réaliser les travaux nécessaires au déploiement du réseau de la société Free mobile soumise à un cahier des charges exigeant afin de soutenir les déploiements de la 5G en bande 3,5 GHz dans le cadre de ses obligations de couvertures de population par l'ARCEP, et à densifier la couverture du territoire sur la fréquence 700MHz en réseau 4G et 5G. En outre, elle soutient d'une part que le site concerné par le projet litigieux fait partie de la stratégie de déploiement de la 5G, sur les fréquence 3,5 GHz, et de la densification de la couverture du territoire en 4G et 5G sur la fréquence 700 MHz par l'opérateur et doit lui permettre de remplir ses obligations à l'échelle nationale, et d'autre part que ce projet s'inscrit dans un contexte urbain dense de la commune de Franconville-la-Garenne et vise la pose d'installations permettant le déploiement d'antennes 5G pour un signal dans la bande de 3,5 MHz sur un territoire qui ne répond pas à ce jour aux obligations fixées par l'Arcep. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

6. Aux termes de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste à procéder à une extension limitée de cheminées existantes d'une hauteur 2,70 mètres et à l'installation de six antennes et deux faisceaux hertziens sur deux mats dissimulés dans ces deux fausses cheminées, ainsi qu'à procéder à l'installation d'équipements techniques non visibles de la voie publique et d'une antenne GPS sur un bâtiment d'assiette qui ne présente aucun intérêt particulier et situé en zone UR et UIg regroupant des résidences d'habitat collectif à proximité d'une ligne aérienne de RER. Dans ces conditions, les lieux avoisinants qui ne présentent aucun intérêt remarquable et environnemental et ont une vue sur la voie ferrée dont les habitants supportent le bruit et les nuisances afférents. En outre, compte tenu du volume nouveau autorisé en hauteur et des arbres de haute-tige situés à proximité du bâtiment d'assiette, le changement de dimension des cheminées ne permet pas de considérer que le projet porte atteinte à l'aspect visuel environnant ni à la " lisibilité architecturale du quartier de l'Epine Guyon ", qui, par ailleurs ne présente aucun caractère remarquable et environnemental. Par conséquent, le projet ne porte pas atteinte à son environnement immédiat qui ne bénéficie d'aucune protection et ne revêt aucun caractère ou intérêt particulier.

8. Dans ces conditions, en l'état d'instruction, le moyen tiré de ce le maire de Franconville a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-27 du règlement du plan local d'urbanisme est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Le maire de la commune de Franconville-la-Garenne s'est aussi opposé au projet au regard du caractère incomplet du dossier de déclaration préalable, en ce qu'il ne comportait aucune indication concernant le traitement et l'aspect du bardage soutenant les antennes et permettant d'apprécier l'insertion du projet dans l'environnement proche et lointain. Le moyen tiré de ce que le maire de la commune ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, se fonder sur ce motif pour s'opposer à la décision préalable, est lui aussi de nature, en l'état de l'instruction à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

10. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

11. Il résulte de ce qui précède que la société TDF est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Franconville-la-Garenne s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux

déposée le 13 septembre 2023 en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile sur le toit terrasse d'un immeuble situé au 4 rue Bonne Rencontre à Franconville-la-Garenne et de la décision de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux.

Sur les conclusions en injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

13. Aux termes de L. 424-3 du Code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L 421-6 ".

14. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 6 août 2015 que ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 du même code conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition.

15. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge suspend l'exécution d'un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il peut ordonner d'office à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eut égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

16. Eu égard à l'illégalité des motifs opposés dans la décision attaquée, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Franconville-la-Garenne s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux

déposée le 13 septembre 2023 implique nécessairement la délivrance d'une décision provisoire de non opposition à déclaration préalable. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Franconville-la-Garenne de délivrer à la société TDF, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance, une décision provisoire de non opposition à la déclaration préalable de travaux déposée par la société TDF le 13 septembre 2023, jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par la commune de Franconville-la-Garenne. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la commune de Franconville-la-Garenne à verser une somme de 1 000 euros à la société TDF en application de ces mêmes dispositions au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 9 octobre 2023, par lequel le maire de la commune de Franconville-la-Garenne s'est opposé à la déclaration préalable de la société TDF tendant à l'installation d'une station de téléphonie mobile sur le toit terrasse d'un immeuble situé 4 rue Bonne Rencontre à Franconville-la-Garenne et de la décision rejetant son recours gracieux est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Franconville-la-Garenne de délivrer à la société TDF, dans l'attente du jugement au fond, une décision provisoire de non opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 13 septembre 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Franconville-la-Garenne versera la somme de 1 000 euros à la société TDF, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société TDF et à la commune de Franconville-la-Garenne.

Fait, à Cergy, le 2 avril 2024.

Le juge des référés

signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.