Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403526
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, Mme B D épouse C, représentée par Me Simond, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle remplit toutes les conditions pour bénéficier du regroupement familial ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024.
Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense le 17 mai 2024, qui n'a pas été communiqué.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 :
- le rapport de Mme Bories,
- et les observations de Me Simond, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D épouse C, ressortissante algérienne née le 22 juin 1996, est entrée en France le 12 août 2022 munie d'un visa " D " étudiant et était en possession d'un titre de séjour valable du 19 novembre 2022 au 18 novembre 2023. Le 13 octobre 2023, elle a sollicité un changement de statut et demandé un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 15 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D épouse C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A E, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant refus de titre de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté en litige. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2. "
4. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant à l'encontre de la décision portant refus de séjour, qui ne se prononce pas sur une demande de regroupement familial.
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ".
6. Il résulte de ces stipulations qu'il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par la mesure d'éloignement, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.
7. Pour refuser de délivrer le titre de séjour demandé, le préfet du Val-d'Oise s'est notamment fondé sur la circonstance que Mme D épouse C n'établissait pas qu'elle était dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, qu'elle relevait des catégories ouvrant droit au regroupement familial et que les conditions et la durée de son séjour en France ne lui permettaient pas de se prévaloir des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien susvisé.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse C est entrée en France le 12 août 2022 et qu'elle s'est mariée le 11 avril 2023 avec un compatriote titulaire d'une carte de résident. Elle se prévaut d'une vie commune avec son époux depuis le mois de décembre 2022 et de la naissance de leur enfant en février 2024. Toutefois, cette communauté de vie ne peut être regardée comme ancienne à la date de l'arrêté attaqué. La production d'une attestation de réussite à une formation d'attachée de recherche clinique ne démontre pas, à elle seule, une intégration sociale et professionnelle particulière dans la société française. Elle ne justifie enfin pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où il n'est pas contesté que résident ses parents et ses deux sœurs, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Enfin, eu égard au très jeune âge de son enfant, rien ne s'oppose à ce qu'elle retourne dans son pays d'origine pendant l'instruction de la demande de regroupement familial présentée par son époux le 20 octobre 2023. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme D épouse C au respect de sa vie privée et familiale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté, ainsi qu'il a été dit au point 8, compte tenu du très jeune âge de l'enfant de la requérante et de sa demande de regroupement familial en cours d'instruction.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
11. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 8 et 10, la décision portant obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Ainsi, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D épouse C, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance, doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme D épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La présidente-rapporteur,
signé
C. Bories
L'assesseur le plus ancien,
signé
S. BourraguéLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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