Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403587

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403587
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mars 2024, M. B A, représenté par Me Charles, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, sans la production du passeport ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il n'a pas été convoqué spontanément par la préfecture du Val-d'Oise malgré les motifs et le dispositif de l'ordonnance n° 2308055 du 4 juillet 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et, par un courrier en date du 6 décembre 2023, la sous-préfecture de Sarcelles lui a de nouveau demandé la communication d'une copie de son passeport ; le passeport n'étant pas le seul document pouvant justifier de sa nationalité et son état civil, il a transmis à nouveau ses actes de naissance et ancien titres de séjour ; malgré les multiples réponses de son conseil ainsi que l'ordonnance de référé du tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui a statué en ce sens, la sous-préfecture de Sarcelles lui a indiqué, le 20 février 2024, que sa demande serait classée sans suite, sans la production de son passeport ; il se retrouve, en conséquence, dans une impasse ;

- la mesure sollicitée est utile ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu :

- l'ordonnance n°2303015 du 23 mars 2023 de la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- l'ordonnance n°2308055 du 4 juillet 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant Sri Lankais, entré en France en 1990 et reconnu réfugié en 1991, a sollicité, le 24 novembre 2021 le renouvellement de sa carte de résident arrivant à expiration, le 2 janvier 2022. Dans le cadre de l'instruction de cette demande, et à la suite de plusieurs échanges avec les services de la préfecture du Val-d'Oise, M. A, par l'intermédiaire d'un courrier électronique rédigé par son conseil en date du 12 décembre 2022 a précisé qu'il lui était impossible de produire le passeport sollicité par le service instructeur dans le cadre de la demande de pièce complémentaire en date du 14 novembre 2022 dès lors que les autorités sri-lankaises ont refusé de lui délivrer ledit passeport et que dans ces conditions, il convenait de procéder au renouvellement de son titre de séjour en prenant en compte tous justificatifs de son identité et de son état civil. Par une ordonnance n°2308055 du 4 juillet 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a suspendu l'exécution de la décision en date du 12 février 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A et a enjoint au même préfet de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. A et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ladite ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, sans la production de son passeport.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ". Si l'exécution d'une ordonnance prononçant une injonction sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure d'injonction demeurée sans effet en en modifiant le délai d'exécution ou en prononçant une astreinte destinée à assurer cette exécution, l'inexécution de la décision juridictionnelle présentant le caractère d'un élément nouveau au sens des dispositions dudit article L. 521-4 du code de justice administrative.

4. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

5. En l'espèce, M. A demande au tribunal d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, sans la production de son passeport, en exécution de l'ordonnance n° 2308055 du 4 juillet 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. De telles conclusions relèvent exclusivement des dispositions des articles L. 521-4 et L. 911-4 du code de justice administrative citées au point 3. Par suite, il revient à M. A de présenter des conclusions aux fins d'exécution de l'ordonnance précitée, sans qu'elles puissent également être présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

6. Cette ordonnance ne fait pas obstacle à ce que M. A saisisse le tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, dans l'hypothèse où l'ordonnance du juge des référés n'aurait toujours pas été exécutée, d'une demande tendant à ce que le juge complète la mesure d'injonction demeurée sans effet en prononçant une astreinte destinée à assurer cette exécution, l'inexécution de la décision juridictionnelle présentant le caractère d'un élément nouveau au sens des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 4 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.