Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403616
jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403616 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 13 et 29 mars 2024 et le 5 avril 2024, M. A B, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, depuis le mois de leur cessation ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il n'a aucune ressource pour se nourrir et qu'il se trouve actuellement à la rue et placé dans une situation de vulnérabilité étant atteint de graves pathologies ; il ne s'est pas lui-même placé en situation d'urgence puisqu'il n'a pas connaissance des motifs pour lesquels ses conditions matérielles d'accueil ont cessé ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que, d'une part, l'OFII a omis d'évaluer sa vulnérabilité à l'occasion d'un entretien, en méconnaissance des articles
L. 522-1 du même code, et, d'autre part, que l'OFII ne justifie pas de la formation spécifique de l'agent qui a mené l'entretien de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors qu'aucune des questions du questionnaire ne l'interroge sur sa santé ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale dès lors qu'il se trouve privé de la garantie d'information concernant la possibilité de bénéficier d'un examen de santé gratuit ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il conteste avoir manqué à ses obligations de demandeurs d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et de la modulation du degré de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 29 mars 2024 et le 3 avril 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté et, à titre subsidiaire, le rejet de la requête pour défaut d'urgence et absence de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2403617 enregistrée le 13 mars 2024 par laquelle M. B sollicite l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 29 mars 2024 à
9 heures 00.
A été entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience, le rapport de M. Poyet, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Par une ordonnance du 5 avril 2024, la clôture de l'instruction a été différée au 12 avril 2024 à 12h00, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan né le 21 novembre 2000 à Nangharar en Afghanistan, a fait l'objet d'une procédure Dublin, non exécutée, qui a été requalifiée en procédure normale, le 21 août 2023. Après avoir sollicité le rétablissement de ses droits aux conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a reçu aux fins d'un entretien de vulnérabilité, le 5 septembre 2023. Le 31 octobre 2023, il a obtenu un hébergement au sein du CPO de Ris-Orangis. Le 2 novembre 2023, une décision de sortie de son centre d'hébergement lui a été notifiée, au motif qu'il avait fait l'objet d'une décision de
" suspension-retrait-refus " des conditions matérielles d'accueil qu'il déclare ne jamais lui avoir été notifiée. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en référé suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. B, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de cette même décision, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence ni sur la fin de non-recevoir soulevée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me de Seze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Cergy, le 18 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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