Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403816
jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403816 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024, Mme C A Mako'o, représentée par Me Rosin, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'avancer la date de son rendez-vous en préfecture ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Rosin en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en situation irrégulière, elle est exposée à un placement en rétention, qu'elle a accompli de très nombreuses démarches dans le but qu'il lui soit délivré un titre de séjour et, enfin, en raison de la précarité de sa situation administrative, elle ne peut poursuivre sereinement ses études et acquérir une expérience professionnelle, son contrat de professionnalisation ayant été suspendu ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Vu :
- la requête n° 2403818, enregistrée le 18 mars 2024, par laquelle Mme Mako'o demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A Mako'o, ressortissante camerounaise née le 12 novembre 2001 à Messamena au Cameroun, est entrée sur le territoire français le 29 septembre 2019 munie d'un visa de type " D " portant la mention " mineur scolarisé ", valable du 23 septembre 2019 au 22 novembre 2020. Le 5 février 2020, elle a déposé une demande de titre de séjour à la préfecture du Maine-et-Loire et a obtenu un récépissé valable du 5 février 2020 au 4 aout 2020. Relevant désormais de la sous-préfecture d'Argenteuil et son titre de séjour ayant été détruit, faute de l'avoir retiré, elle a déposé, le 27 décembre 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le 6 décembre 2023, la requérante a été convoquée à la sous-préfecture d'Argenteuil pour un rendez-vous, le 30 septembre 2024. Par courriel, en date du 27 décembre 2023, elle a sollicité l'avancement de la date de son rendez-vous en sous-préfecture. Le 12 février 2024, la sous-préfecture d'Argenteuil a expressément refusé de modifier la date de rendez-vous. Par la présente requête, Mme Mako'o demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. Pour caractériser l'urgence, Mme Mako'o soutient qu'elle réalise depuis plus de quatre ans des démarches pour régulariser sa situation administrative et que l'irrégularité de son séjour a entraîné la suspension de son contrat de professionnalisation, ce qui l'empêche de poursuivre sereinement ses études et d'acquérir une expérience professionnelle. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'en introduisant sa requête en référé le 18 mars 2024, l'irrégularité de son séjour et la circonstance selon laquelle son contrat de professionnalisation a été suspendu depuis le 4 août 2023 ne sont pas des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un rendez-vous en vue de faire enregistrer sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que la décision en litige porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence prévue par ces dispositions ne peut être regardée comme étant remplie.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de Mme Mako'o, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme Mako'o n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme Mako'o est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A Mako'o et à Me Rosin.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 11 avril 2024.
Le juge des référés,
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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