Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403944

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 19 mars 2024 et le 4 avril 2024, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, depuis leur cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est dépourvu de ressources pour subvenir à ses besoins, et qu'il est maintenu dans une situation particulièrement difficile en raison d'une erreur d'appréciation de l'OFPRA que l'OFII a suivi ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation particulière, au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code de justice administrative ;

- elle est entachée de vices de procédure, dès lors que l'OFII n'a pas pris en considération la vulnérabilité de sa situation, qu'il n'a pas apporté de justification sur la formation spécifique reçue par les agents ayant mené l'entretien de vulnérabilité, en méconnaissance des dispositions des articles L.522-1, L.522-2, L.522-3, R.522-1 et R.522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile méconnaît les dispositions de l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que l'OFII a considéré qu'il avait déposé une double demande d'asile, sous deux identités différentes, et au regard de la modulation du degré de cessation de la décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête aux motifs que les conditions d'urgence et de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ne sont pas remplies. L'OFII fait également valoir que la requête est irrecevable pour défaut d'objet en ce que le requérant bénéficie de la protection subsidiaire sous sa seconde identité, n'étant donc pas éligible au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête n°2403953 enregistrée le 19 mars 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 avril 2024 à

10 heures 00.

A été entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience, le rapport de M. Poyet, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant soudanais né le 5 janvier 1996 au Darfour au Soudan, a sollicité son admission au titre de l'asile en France, le 19 novembre 2021. Il a été placé en procédure Dublin, requalifiée en procédure normale, à compter du 1er juillet 2022. Le 26 septembre 2022, il a été convoqué à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), pour un entretien qui a été finalement annulé. Le 31 août 2022, l'OFPRA a clôturé sa demande d'asile et, le 9 septembre 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a pris une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil à son encontre. Le 31 mars 2023, sa demande d'asile a fait l'objet d'une réouverture par l'OFPRA et il a été convoqué, le 21 mars 2024, pour un entretien dans le cadre de sa demande. Le 30 août 2023, il a adressé une demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII, faisant valoir que sa demande d'asile avait fait l'objet d'une réouverture. Sa demande est restée sans réponse de la part de l'administration. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par lequel l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence ni sur la fin de non-recevoir soulevée par l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me de Seze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Cergy, le 23 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403944