Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403955
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 mars et le 4 juin 2024, M. B C, représenté par Me Msika, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte temporaire de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il doit être regardé comme soutenant que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été convoqué devant la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que sa demande a été regardée comme une première demande, et non comme une demande de renouvellement du titre de séjour " salarié " expiré en 2021 ;
- il méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que sa demande n'a pas été traitée dans un délai raisonnable et que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- il méconnait les articles 7, 8 et 12 de la directive n°2008/115/CE, dès lors qu'un délai de départ de volontaire ne lui a pas été accordé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le 30 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces utiles au dossier.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 :
- le rapport de Mme Bories,
- et les observations de Me Msika, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant sénégalais né le 15 mars 1967, déclare être entré en France le 24 avril 2000. Le 8 septembre 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 février 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté en litige. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
4. L'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de titre de séjour formée par M. C mentionne l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constitue le fondement de sa demande, et fait référence aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose en outre les circonstances de fait qui ont conduit à son édiction, notamment le fait que l'intéressé soit célibataire, sans charge de famille et non-dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa fratrie et où il a vécu jusque l'âge de trente-trois ans, que la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable le 12 janvier 2024 et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Par suite, et quand bien même le préfet n'a pas mentionné la détention par le requérant de précédents titres de séjour, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Et aux termes de son article L. 432-15 : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète () ".
6. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été convoqué devant la commission du titre de séjour, le préfet a produit le courrier avec accusé de réception postal par lequel il a adressé la convocation à M. C ainsi qu'un accusé de réception de ce courrier, portant la signature du destinataire et daté du 4 janvier 2024. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant.
8. S'applique en revanche à l'arrêté en litige, le droit d'être entendu avant l'édiction d'une décision défavorable, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
9. L'arrêté litigieux a été pris à la suite de la demande de titre de séjour déposée par M. C devant le préfet du Val-d'Oise. À l'occasion de ce dépôt, ou, du moins, de sa convocation devant la commission du titre de séjour, il a été mis à même de faire valoir tout élément de nature à influer sur le sens des décisions prises par le préfet. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le droit de l'intéressé à être entendu aurait été méconnu doit être écarté.
10. En cinquième lieu, si le requérant soutient que sa demande a été regardée à tort comme une première demande, et non comme une demande de renouvellement de son titre de séjour " salarié " expiré en 2021, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de salle produite par le préfet, que sa demande a été présentée auprès des services de la sous-préfecture d'Argenteuil le 7 septembre 2022, après l'expiration de son précédent titre de séjour. Le moyen doit ainsi être écarté.
11. En sixième lieu, M. C ne peut utilement invoquer, à l'encontre de l'arrêté en litige, les dispositions de la directive 2008/115/CE, dès lors que cette directive a été transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011. En tout état de cause, contrairement à ce qu'il fait valoir, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le requérant a bénéficié d'un délai de trente jours pour quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été pris en méconnaissance des dispositions des articles 7, 8 et 12 de la directive n° 2008/115/CE doit être écarté.
12. En septième lieu, M. C se prévaut de sa présence en France depuis 2000. Cette durée de présence, à la supposer établie, ne saurait à elle seule caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires susceptibles de permettre l'admission exceptionnelle au séjour de M. C. M. C se prévaut également de son insertion professionnelle, et produit douze bulletins de salaire pour l'année 2012, puis plusieurs bulletins de salaire faisant état de temps partiel : des bulletins de salaire délivrés par la société TFN pour la période de juillet à septembre 2016, pour l'année 2016, des bulletins de salaire délivrés par la société PEI pour la période de septembre à novembre, pour l'année 2017, douze bulletins de salaire délivrés par la société PEI et des bulletins délivrés par la société Clean Service pour la période d'avril à décembre, pour 2018, douze bulletins de salaire délivrés par la société PEI et des bulletins délivrés par la société Clean Service pour la période d'avril à décembre, pour 2019, douze bulletins délivrés par la société Clean Service et dix par la société PEI, pour 2020, 5 bulletins délivrés par la société ONET et 6 par la société Clean Service, pour 2021, onze bulletins délivrés par la société PEI et onze par la société ONET, pour 2022, six bulletins de salaire délivrés par la société PEI et pour 2023, six bulletins de salaire délivrés par la société PEI. Contrairement à ce que soutient M. C, ces bulletins de salaire, faisant quasiment tous état d'un travail à temps partiel, ne permettent pas de caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifiant l'admission exceptionnelle au séjour au titre de travail de M. C. Au surplus, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne constituant pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge, M. C ne peut utilement l'invoquer au soutien de sa requête. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
13. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. "
14. Si le requérant soutient qu'il ne peut être éloigné au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure au 28 janvier 2024, compte tenu de sa résidence en France depuis l'âge de treize ans, ces dispositions n'étaient plus en vigueur à la date de la décision attaquée. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La présidente-rapporteur,
signé
C. Bories
L'assesseur le plus ancien,
signé
S. BourraguéLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403955
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