Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404035

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Cisse, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa demande de renouvellement dans le délai de cinq jours, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que depuis deux ans, aucune réponse n'a été apportée par la préfecture du Val-d'Oise sur sa demande de renouvellement de carte de résident ;

- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que sa demande de renouvellement de titre de séjour a été introduite en 2022 et que l'administration n'a pas donné de réponse à sa demande de communication des motifs ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la violation des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux, dès lors qu'a été méconnu son droit d'être entendue, la mesure individuelle prise à son encontre étant défavorable ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, dès lors qu'elle remplit l'ensemble des conditions requises pour qu'il soit fait droit à sa demande de renouvellement de certificat de résidence en qualité de conjoint de français ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que, conjointe de français, elle justifie d'une vie commune avec son conjoint.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, qu'aucune décision n'a encore été prise relativement à la demande de la requérante et que son dossier fait l'objet d'une étude par le service instructeur de la sous-préfecture d'Argenteuil et, d'autre part, que ses récépissés de demande de titre de séjour sont régulièrement renouvelés et qu'elle est actuellement en situation régulière sur le territoire français.

Vu :

- la requête n° 2404029, enregistrée le 20 mars 2024, par laquelle Mme C épouse A demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 5 avril 2024 à

10 heures.

A été entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience, le rapport de M. Poyet, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A, ressortissante algérienne née le 6 juin 1999 à Marsa Ben M'Hidi en Algérie, est entrée sur le territoire français, le 9 février 2021, munie d'un visa de type " C " portant la mention " famille de français ". Elle a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " valable du 19 août 2021 au 18 août 2022, pour lequel elle a demandé le renouvellement en 2022. Elle a obtenu plusieurs récépissés de demande de carte de séjour dont le dernier est valable jusqu'au 7 juin 2024. Le préfet du Val-d'Oise ayant gardé le silence pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour est née. Le 17 janvier 2024, elle a présenté une demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande de renouvellement de carte de séjour, laquelle est restée sans réponse. Par la présente requête, Mme C épouse A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme C épouse A, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable du 19 août 2021 au 18 août 2022, en a demandé le renouvellement en 2022. En application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement est née. Dans ces conditions, la décision dont la requérante demande la suspension de l'exécution présente le caractère d'un refus de renouvellement pour lequel la condition d'urgence est, en principe, constatée. Toutefois, au regard des récépissés ayant été mis en possession de Mme C épouse A et, en particulier, du dernier qui est valable jusqu'au 7 juin 2024, d'une part, et, d'autre part, de l'absence de circonstances de nature à justifier que la décision contestée porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, Mme C épouse A n'établit pas que la décision contestée est de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue. Par suite, les conclusions à fin de suspension de la requête ne remplissent pas la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce tout qui précède qu'il y a lieu de rejeter, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la requête de Mme C épouse A.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 8 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.