Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404046
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 mars 2024 et le 14 avril 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Selena, représentée par Me Khan Shaghaghi-Legrand, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 27 février 2024 portant autorisation à recourir au concours de la force publique pour l'expulsion du local commercial qu'elle occupe au 35 avenue Foch à la Garenne-Colombes (92250) en vertu d'un contrat de location ;
2°) condamner la SCI MARTY à verser à la SAS Selena la somme de 50 000 euros au titre des dommages et intérêts liés à la perte du chiffre d'affaires par mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que, d'une part, l'établissement étant désormais en interdiction d'ouvrir, elle ne peut plus exercer une activité professionnelle plaçant l'établissement dans une situation d'extrême précarité et, d'autre part, que l'expulsion entraînerait des conséquences irrémédiables sur la situation de l'établissement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée laquelle est dépourvue de base légale, la décision de justice rendue le 26 octobre 2023 par le tribunal judiciaire de Nanterre ne prononçant pas son expulsion des locaux mais homologue l'accord transactionnel du 7 juin 2023 qu'elle a conclu avec le bailleur ; elle emporte également des conséquences disproportionnées pour l'entreprise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en soutenant que l'urgence n'est pas établie et que les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- la requête enregistrée le 18 mars 2024 sous le numéro 2404073 par laquelle la société SELENA demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été convoquées à l'audience publique du 15 avril 2024 à 14 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés, qui a informé les parties, en application des dispositions des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions aux fins de condamnation de la SCI MARTY à verser à la SAS SELENA une somme au titre des dommages et intérêts liés sont irrecevables ;
- et les observations de Me Legrand, pour la société Selena.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) SELENA a conclu un bail commercial pour l'exploitation d'un fonds de commerce de restauration situé au 35 avenue Foch à la Garenne-Colombes (92 250). Le 26 octobre 2023, le tribunal judiciaire de Nanterre, saisi par la société civile immobilière Marty, propriétaire des lieux, a homologué le protocole d'accord du 7 juin 2023 conclu entre la société locataire et son bailleur. Par une décision du 27 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a autorisé le concours de la force publique à la procédure d'expulsion de la SAS Selena des lieux. Par la présente requête, la SAS Selena demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
3. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne permettent au justiciable la suspension d'une décision administrative qu'à la condition qu'une telle décision soit encore susceptible d'exécution. De plus, la décision du juge des référés ordonnant la suspension d'une décision administrative n'a aucun effet rétroactif et se borne à paralyser pour l'avenir l'exécution de cette décision et à faire obstacle à l'intervention de mesures prises sur son fondement.
4. Il résulte des écritures en défense du préfet des Hauts-de-Seine, confirmées à l'audience par le représentant de la SAS Selena, que l'expulsion du local commercial a été exécutée, le 11 mars 2024, avant l'introduction de la requête tendant à la suspension de la décision de recourir au concours de la force publique. Dès lors, cette décision ayant produit tous ses effets, elle n'est plus susceptible de recevoir exécution. La demande tendant à sa suspension est ainsi dépourvue d'objet. Par suite, l'ensemble des conclusions de la requête doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :La requête de la société par actions simplifiée Selena est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 13 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2404046
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