Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404055
vendredi 10 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, M. C A, représenté par
Me Balikci, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 14 février 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'arrêté du 14 février 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ayant entrainé une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, dès lors qu'il est opposant politique et que la situation sanitaire en Turquie est préoccupante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit toutes les pièces utiles au dossier.
Il confirme sa décision.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. d'Argenson pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :
- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;
- et les observations de M. A, requérant, assisté de M. B, interprète, qui ajoute qu'il est maçon bénévole chez son oncle et qu'il ne peut pas retourner dans son pays d'origine pour des raisons politiques.
Le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant turc né le 8 mars 2000, est entré sur le territoire français le 7 mai 2022 et a sollicité l'asile le 7 juillet 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 7 novembre 2022, notifiée le 1er décembre 2022, confirmée par une décision de la Cour national du droit d'asile (CNDA) du 30 mars 2023, notifiée le 27 avril 2023. Il a formulé une demande de réexamen, rejetée par l'OFPRA par une décision du 18 septembre 2023, notifiée le 3 octobre 2023, confirmée par une décision de la CNDA du 11 décembre 2023, notifiée le 20 décembre 2023. Par un arrêté du 14 février 2024, notifié le 8 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois. Dans la présente instance, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué ne comporte aucune décision refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
5. M. A soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen ayant entrainé une erreur de fait ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions précitées, dès lors que, d'une part, le préfet des Hauts-de-Seine a considéré qu'il ne courait aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine, et, d'autre part, dès lors qu'il est actuellement recherché en Turquie en raison de son appartenance à un réseau d'opposants politiques. En outre, l'intéressé se prévaut de difficultés liés à la situation sanitaire, politique et sociale dans son pays d'origine. Toutefois, il n'apporte ni précisions, ni pièces, justifiant de la réalité et du caractère personnel des menaces alléguées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, qui n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension doivent être rejetées, ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
7. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, () dénuée de fondement (). ".
8. La requête de M. A étant manifestement dépourvue de fondement, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Balikci et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 mai 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P.-H. d'Argenson La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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