Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404094

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 21 mars et 22 avril et 7 mai 2024, M. D A, représenté par Me Ekollo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par mois de retard et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une exception d'illégalité ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une exception d'illégalité ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'une exception d'illégalité ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dussuet, président du tribunal ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant marocain né le 7 novembre 1987, déclare être entré sur le territoire français en 2021. Il a été interpellé par les services de police le 19 mars 2024 pour des faits de tentative de faux et usage de faux documents administratifs. Par un arrêté du 19 mars 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/129 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-26-09-2023 du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme E C, cheffe du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si l'article 1er de la décision en litige indique à tort que M. A est un ressortissant égyptien alors qu'il est de nationalité marocaine, il est toutefois mentionné dans le corps de l'arrêté que l'intéressé est de nationalité marocaine, l'article 1er de la décision précise que l'intéressé est né au B et qu'il est éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il sera légalement admissible, de sorte que l'erreur de nationalité dans l'article 1er de l'arrêté constitue une simple erreur de plume qui est sans incidence sur la légalité l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre la décision contestée ou qu'il se serait cru à tort en situation de compétence liée. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français, de l'absence d'examen de sa situation personnelle et de l'erreur de droit tiré d'une situation de compétence liée doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

6. Si M. A fait valoir qu'il réside en France de façon habituelle depuis trois ans, la seule durée de présence sur le territoire est insuffisante pour démontrer qu'il aurait installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. En outre, l'intéressé qui déclare être marié à une compatriote résidant au B et qui a trois enfants mineurs au B, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que, le moyen dirigé contre la décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire, et tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. / () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

9. M. A soutient que le risque n'est pas caractérisé dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Toutefois, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne se serait fondé sur ce motif pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A ne peut justifier de la régularité de son entrée sur le territoire français ni ne peut justifier avoir sollicité un titre de séjour. Par ailleurs, l'intéressé qui a été interpellé pour tentative de faux et usage de faux documents administratifs, ne justifie pas avoir un domicile personnel et certain sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir qu'il réside en France depuis trois ans, M. A n'établit pas que le préfet de Seine-et-Marne en lui refusant un délai de départ volontaire a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, si M. A soutient que la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France depuis trois ans, cet élément ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".

15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

16. M. A, qui se borne à soutenir que l'ancienneté de son séjour en France est de plus de trois ans et qu'il souhaite s'intégrer sur le territoire français, n'est pas fondé à soutenir qu'en ne retenant l'existence d'aucune circonstance humanitaire, le préfet de la Seine-et-Marne a méconnu les dispositions de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Il ressort de ce qui a été énoncé au point 6 du présent jugement que M. A, qui ne démontre pas qu'il aurait installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux et qui n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

Le président du tribunal,

signé

J-P. DussuetLe greffier,

signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision