Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404201

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, M. C A, représenté par Me Sadoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent d'une part, de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, d'autre part, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée,

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation révélant une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, dont professionnelle, et familiale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et est dépourvue de base légale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2024 le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 avril 2024 :

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Sadoun, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 8 juillet 1994, est entré irrégulièrement sur le territoire français à la fin de l'année 2019, selon ses déclarations, et s'y maintient depuis lors. Il a été interpellé le 21 mars 2024 pour des faits de défaut de permis de conduire et est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, d'entrée irrégulière d'un étranger en France et d'usurpation de plaque d'immatriculation. M. A a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les 24 juillet 2021 et 5 août 2022, auxquelles il s'est soustrait. Par un arrêté du 21 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. B D, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 2024-0402 du 12 février 2024, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 14 février 2024, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 21 mars 2024 doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A soutient être entré en France en 2017, s'être marié le 8 octobre 2022 avec une ressortissante espagnole avec qui il a eu une fille née le 27 mars 2023, y résider avec elles depuis lors et être inséré professionnellement. Toutefois, l'intéressé ne produit aucun document permettant d'établir qu'il contribuerait à l'éducation et à l'entretien de son enfant, ni aucune attestation relative à la communauté de vie. En outre, si M. A justifie de son insertion professionnelle en qualité de livreur, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé le 21 mars 2024 pour des faits de défaut de permis de conduire et est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, d'entrée irrégulière d'un étranger en France et d'usurpation de plaque d'immatriculation. Enfin, M. A a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les 24 juillet 2021 et 5 août 2022, qu'il n'a ni contestées ni exécutées. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté, de même que celui tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Aux termes du 1° de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. A n'apporte pas la preuve, par les pièces versées à l'instance, qu'il contribuerait à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, de ce fait, suffisamment motivée.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui de conclusions dirigées contre la décision portant refus de départ volontaire doit être écartée.

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

12. M. A se maintient irrégulièrement en France depuis son entrée en France, sans établir avoir cherché à régulariser sa situation administrative bien qu'il indique à l'audience avoir engagé cette démarche, a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les

24 juillet 2021 et 5 août 2022, auxquelles il s'est soustrait, et exerce la profession de livreur sans disposer d'un permis de conduire. Par conséquent, la décision portant interdiction de séjour pour une durée de deux ans n'apparait ni disproportionnée ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire n'étant pas illégales, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui de conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois doit être écartée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P-H. d'ArgensonLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision0