Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404320

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n°2404320 et un mémoire, enregistrés les 25 et 26 mars 2024, M. C, représenté par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, a procédé au retrait de son récépissé de demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ou un certificat de résidence algérien pluriannuel ou d'un an, portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, durant le temps de cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte.

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est disproportionnée ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un examen insuffisant de sa situation ;

- elle est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

S'agissant de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale pour être fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

II - Par une requête n°2403421 et un mémoire, enregistrés le 25 et le 26 mars 2024, M. C, représenté par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son assignation à résidence à son domicile sis 2, rue Henri Dunant à Rueil-Malmaison, chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures, pendant une durée de 45 jours renouvelable une fois, et lui a fait obligation de se présenter à 10 heures chaque lundi, mercredi et vendredi, sauf les jours fériés, au commissariat de Rueil-Malmaison ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision d'assignation à résidence est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale pour être fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 28 mars 2024, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 2 novembre 1994, est entré régulièrement en France le 11 septembre 2017 et a été mis en possession d'un visa de long séjour valable du 29 août 2017 au 29 août 2018, puis de deux cartes de séjour portant la mention " étudiant " valables du 31 octobre 2018 au 1er novembre 2020. Il a sollicité à un changement de statut et a été mis en possession de trois cartes de séjour portant la mention " salarié " valables du 27 novembre 2020 au 20 juillet 2023. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 24 avril 2023 et des récépissés de demande de délivrance d'un titre de séjour lui ont été délivrés pour la période courant du 19 septembre 2023 au 18 mars 2024. Par un arrêté du 22 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à M. C la délivrance du titre de séjour sollicité, a retiré le récépissé qui lui avait été délivré, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an. Par un second arrêté du 7 février 2024, le préfet l'a assigné à résidence à son domicile dans le département des Hauts-de-Seine pendant une durée de 45 jours renouvelable une fois avec obligation de pointage à 10 heures chaque lundi, mercredi et vendredi, sauf les jours fériés, au commissariat de Rueil-Malmaison. M. C demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la compétence de la formation de jugement :

3. Aux termes de l'article L. 732-8 : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Le délai de quarante-huit heures prévu au premier alinéa est également applicable à la contestation de la décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à la décision d'éloignement, alors même que la légalité de cette dernière a été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables au jugement de la décision d'assignation à résidence contestée en application du présent article.".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision d'assignation à résidence, ainsi que sur celles tendant à l'annulation de la décision d'éloignement qu'elle accompagne. En revanche, aucune disposition légale ou règlementaire ne donne compétence au magistrat désigné pour se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour et au retrait d'un récépissé de demande de titre de séjour. Par suite, les conclusions du requérant dirigées contre la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et lui retirant le récépissé qui lui avait été délivré, ne relèvent pas de la compétence du magistrat désigné en application des dispositions de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces conclusions, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, doivent donc être réservées jusqu'en fin d'instance, pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal compétent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. M. C soutient que la décision en litige procède d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors que les multiples condamnations dont elle fait état ne lui sont pas imputables puisque datant, pour les premières, de 2015, alors que son entrée sur le territoire remonte au 11 septembre 2017, et pour celles qui sont postérieures à sa date d'entrée sur le territoire, sanctionnent des faits commis à Marseille, à Nîmes ou Aix-en-Provence, alors qu'il a toujours résidé dans la région Ile-de-France, comme en témoignent les titres de séjour qui lui ont été délivrés de manière continue depuis son entrée sur le territoire. M. C produit le passeport dont il était titulaire jusqu'en 2023, qui ne comporte aucun visa ni cachet d'entrée sur le territoire antérieur à l'année 2017. Pour sa part, le préfet des Hauts-de-Seine produit un bulletin n°2 du casier judiciaire " applicable à M. A C né le 2 novembre 1994 à Oued Zem (Maroc) " qui mentionne, concernant les fiches produites énumérées de 1 à 9 retraçant chacune une infraction, " variante : identité(s) différente(s) paraissant concerner la même personne : Adil Abdoumi Mohammed, né le 27 février 1994 à Oran (Algérie) ", pour les fiches 1, 2 et 8, " Adil Abdoumi Mohammed, né le 27 février 1994 à Arzew (Algérie) ", pour les fiches 3, 5, 6, 7 et 9 et " Adil Abdoumi Mohammed, né le 27 février 1994 à Arzu (Algérie) ", s'agissant de la fiche 4. En se bornant à verser ce document à la procédure sans l'assortir de la moindre précision susceptible d'expliquer les discordances qu'il comporte entre les éléments d'identification de la personne à laquelle sont imputées les infractions relevées et ceux du requérant, le préfet des Hauts-de-Seine ne peut être regardé comme ayant procédé à un examen suffisant de la situation de M. C. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de l'insuffisance de l'examen de la situation de M. C auquel a procédé le préfet des Hauts-de-Seine.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision faisant à M. C obligation de quitter le territoire du 22 janvier 2024, et, par voie de conséquence, les décisions du même jour lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour pendant une durée d'un an. M. C est également fondé, par voie de conséquence à demander l'annulation de l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le même préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois qui en découle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. La présente décision implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l'intéressé, réexamine la situation de M. C. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois courant à compter de la notification de la présente décision, et de délivrer à M. C, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Il y a lieu également d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder sans délai à l'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais de procédure :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. C de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête n°2404320 de M. C tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour et a procédé au retrait du récépissé qui lui avait été délivré, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en tant qu'elles se rattachent à ces conclusions, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Article 2 : Les arrêtés du 22 janvier 2024 et du 7 février 2024 sont annulés en ce qu'ils portent obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et assignation à résidence.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de -Seine de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de procéder, sans délai, à l'effacement du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes, dont l'examen relève de la compétence du magistrat désigné, est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charlery La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. et 2404321