Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404324
mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mars 2024, M. B A, représenté par
Me Djemaoun, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 22 mars 2024 du recteur de l'académie de Versailles rejetant le recours présenté contre la décision du conseil de discipline du lycée polyvalent Frédéric et Irène Joliot Curie à Nanterre prononçant à son encontre une sanction d'exclusion définitive ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de le réintégrer provisoirement dans le lycée Joliot Curie à Nanterre pour qu'il puisse passer ses épreuves du baccalauréat ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est déscolarisé depuis son exclusion, soit le 7 février 2024 ; qu'en outre, cette situation a de graves répercussions sur sa scolarité au regard des épreuves du baccalauréat qui approchent et qu'enfin, cela est de nature à entraîner un bouleversement de ses conditions d'existence ;
Les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- elle est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits et de disproportion tirées de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 511-13 du code de l'éducation, dès lors que les faits reprochés ne sont pas connus, que la matérialité des faits n'est pas établie et que la sanction présente un caractère disproportionné, cette dernière n'étant pas proportionnée à la gravité de l'agissement qu'elle avait vocation à sanctionner.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête en l'absence d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2404429, enregistrée le 25 mars 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 18 avril 2024 à
14 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;
- les observations de Me Djemaoun, représentant de M. B A, qui conclut aux mêmes fins en soutenant en outre que le changement de lycée porte une atteinte à sa scolarité et constitue une rupture dans une formation dans la sécurité ;
- les observations du représentant du recteur de l'académie de Versailles qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 24 octobre 2005 à Nanterre, a été scolarisé au lycée polyvalent Frédéric et Irène Joliot Curie à Nanterre. Le 29 janvier 2024, M. A a été convoqué le 7 février 2024 à 14 heures devant le conseil de discipline de cet établissement public local d'enseignement. Par une décision du 8 février 2024 notifiée le 15 février 2024, le conseil de discipline a prononcé la sanction d'exclusion définitive de l'établissement à son encontre au motif qu'il a tenu des propos déplacés envers un enseignant. Le 19 février 2024, il a saisi le recteur de l'académie de Versailles d'un recours administratif préalable obligatoire reçu le
22 février 2024. Par la présente requête, M. B A, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article R. 511-27 du code de l'éducation : " Dans les lycées et collèges relevant du ministre chargé de l'éducation, le conseil de discipline est saisi par le chef d'établissement. Il a compétence pour prononcer à l'encontre des élèves l'ensemble des sanctions et des mesures mentionnées à l'article R. 511-13 dans les conditions fixées par ce même article.
En cas de partage égal des voix, le président a voix prépondérante ". Aux termes de son article R. 511-49 : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique ". Aux termes de son article R. 511-50 : " Lorsque la décision du conseil de discipline ou du conseil de discipline départemental est déférée au recteur d'académie en application de l'article R. 511-49, elle est néanmoins immédiatement exécutoire () ". Aux termes de son article R. 511-52 : " () La décision du recteur d'académie intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel ". Aux termes de son article R. 511-53 : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article R. 511-49 ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Si le requérant soutient que le changement de lycée porte une atteinte à sa scolarité et constitue une rupture dans une formation dans la sécurité, il ressort des pièces du dossier que
M. B A a été affecté au lycée Gustave Eiffel à Ermont à compter du 9 avril 2024 dans une filière consacrée aux métiers de la sécurité qui correspond à celle qu'il suivait à Nanterre. Dans ces conditions, l'exécution de cette sanction ne porte pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. B A, pour caractériser une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède que, faute d'urgence, la requête de M. B A, doit être rejetée, dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au recteur de l'académie de Versailles et au ministre l'éducation nationale et de la jeunesse.
Fait à Cergy, le 24 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. Thobaty
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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