Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404327

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 25 mars, le 8 avril et le 11 mai 2024, M. E, représenté par Me Legros, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de séjour et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fait savoir que la requête n'appelle aucune observation de sa part et transmet les pièces utiles du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ouillon pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Legros, représentant M. E qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il expose à l'oral ;

et les observations de M. E, assisté de M. D interprète en langue bengali.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant bangladais né le 28 décembre 1994, est entré sur le territoire français le 28 juillet 2022. L'intéressé a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français pour les réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 30 novembre 2022, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 5 avril 2023. M. E a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA comme irrecevable par décision du 20 octobre 2023, décision confirmée par la CNDA le 20 décembre 2023. Par un arrêté du 20 février 2024, dont M. E demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, par arrêté n° 2023-078 du 4 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du 19 décembre 2023, le préfet a donné délégation à M. C A, attaché adjoint au chef du bureau de l'asile de la préfecture, à l'effet de signer à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français relatives aux demandeurs déboutés du droit d'asile, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E avant de prendre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire national. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et de l'absence d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

4. En troisième lieu, M. E se prévaut de son intégration en France, qu'il subvient à ses besoins en exerçant depuis environ un an et demi l'emploi de commis de cuisine dans une brasserie et que son employeur entend engager des démarches pour régulariser sa situation au regard de son droit au séjour. Toutefois, le requérant, qui ne réside en France que depuis juillet 2022, est célibataire et sans enfant, ne se prévaut pas d'attaches familiale en France et n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il travaille depuis plus d'un an, ne suffit pas à justifier d'une insertion professionnelle particulière en France et il n'établit pas non plus une insertion sociale sur le territoire national. Dans ces conditions, et eu égard à la faible durée de son séjour en France, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en lui faisant obligation de quitter le territoire, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

6. Si M. E soutient qu'il craint d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des persécutions ou à une atteinte grave à sa vie, il n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'établir qu'il serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par l'intéressé a été rejetée par l'OFPRA le 30 novembre 2022, rejet confirmé par la CNDA le 5 avril 2023. De même, la demande de réexamen de la demande d'asile présentée par M. E a été rejetée par l'OFPRA comme irrecevable par décision du 20 octobre 2023, décision confirmée par la CNDA le 20 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées, qui n'est au demeurant opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. OuillonLa greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision