Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404408

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. B, représenté par Me Loghlam, avocat, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délirer un rendez-vous, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, afin qu'il puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il bénéficiait d'un titre de séjour et qu'il n'a pas pu le renouveler dans les délais requis faute d'accès aux services de la préfecture ; il tente, en vain, d'obtenir un rendez-vous en préfecture ; il se trouve ainsi dans une situation précaire anormalement longue ;

- cette situation porte atteinte à ses droits élémentaires et révèle les graves carences de l'administration ;

- sa demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;

- la mesure sollicitée est utile.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu

- l'ordonnance du juge des référés n° 2216174 du 5 janvier 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant cap-verdien né le 16 mars 1963, était titulaire d'une carte de séjour portant la mention " salarié ", valable jusqu'au 10 février 2020. Le requérant a demandé le renouvellement de son titre de séjour, puis a déposé, en vain, une nouvelle demande de titre de séjour. Par la présente requête, le requérant demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer en préfecture afin de déposer sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ".

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

4. Il résulte de l'instruction que M. B vit en concubinage avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 22 juin 2031, que sa sœur est de nationalité française, qu'il travaille en contrat à durée indéterminée comme peintre en bâtiment depuis le mois de juillet 2018 et qu'il cherche, en vain, à obtenir un rendez-vous en préfecture en vue de faire enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Le requérant fait valoir que son premier rendez-vous, prévu le 31 mars 2020, n'a pas été maintenu en raison du confinement et que son deuxième rendez-vous, qui s'est tenu le 25 janvier 2023, obtenu à la suite d'une ordonnance n° 2216174 du 5 janvier 2023 du juge des référés, a donné lieu à un refus d'enregistrement à raison d'un acte de naissance, non régulièrement traduit, alors même que les services de la préfecture lui avaient déjà accordé un titre de séjour. Il résulte de l'instruction que M. B a, les 10 février 2023 et 6 avril 2023, demandé à la préfecture des Hauts-de-Seine un rendez-vous en vue de déposer son dossier d'admission exceptionnelle au séjour et que sa demande n'a été examinée que le 31 août 2023. Enfin, le requérant soutient, sans être contredit par le préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense, qu'il n'a pas reçu la convocation à un rendez-vous fixé le 2 janvier 2024 alors même qu'il avait régulièrement consulté l'application dédiée. Il résulte de ce qui précède que malgré les nombreuses relances de M. B, assisté de son avocat, les services de la préfecture des Hauts-de-Seine n'ont toujours pas régulièrement convoqué le requérant en vue d'examiner sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant produit aucune observation en défense, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie. De plus, la mesure sollicitée est utile et elle ne fait pas obstacle, en l'état de l'instruction, à l'exécution d'une décision administrative.

5. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. B en préfecture, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. B en préfecture, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin qu'il puisse déposer une demande de titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 29 avril 2024

Le juge des référés,

Signé

F.-X. PROST

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24044082