Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404409
jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404409 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2024, Mme B, représentée par Me Lejeune, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, si elle n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les décisions portant refus de certificat de résidence et obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont, à cet égard, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de certificat de résidence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les décisions portant refus de certificat de résidence, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles sont insuffisamment motivées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à ces égards, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,
- et les observations de Me Lejeune, représentant Mme B, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 4 novembre 1999, est entrée sur le territoire français, munie d'un visa portant la mention " étudiant ", le 27 septembre 2019. Elle a bénéficié de certificats de résidence portant la mention " étudiant ", dont le dernier expirait le 5 octobre 2023 et dont elle a sollicité le renouvellement le 12 septembre 2023. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Par une décision du 22 avril 2024, postérieure à la date d'introduction de la présente requête, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Selon le titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien susvisé : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ". Le renouvellement de ce certificat est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.
4. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence de Mme B, le préfet du Val-d'Oise a retenu que la requérante, qui n'avait pas validé son master 1 en Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation (MEEF) au cours de l'année universitaire 2021-2022 ni lors de son redoublement au cours de l'année universitaire 2022-2023, s'était réinscrite l'année suivante en master 1 Manager des ressources humaines et ne justifiait pas, dès lors, d'une progression dans ses études ni de la cohérence de son cursus. Toutefois, d'une part, si Mme B, après avoir obtenu sa licence 3 en langues, littérature, civilisations étrangères et régionales (LLCE) à l'Université Paris Sorbonne, n'a pas validé son master 1 en MEEF pendant deux années consécutives, il ressort des pièces du dossier qu'elle en a validé plusieurs modules avec d'excellentes notes ainsi que le soutien de ses professeurs et que cet échec est imputable au décès de son grand-père maternel le 29 juillet 2021 puis du décès de sa mère, le 1er octobre 2023, à la suite d'un cancer diagnostiqué le 23 février 2023. Par ailleurs, les documents médicaux versés à l'instance attestent que l'état de santé de Mme B, qui s'est fortement dégradé pendant cette période, caractérisait un syndrome anxio-dépressif nécessitant un traitement médicamenteux composé d'anxiolytiques et d'antidépresseurs. D'autre part, si le préfet fait valoir que le master 1 Manager des ressources humaines au sein duquel la requérante est inscrite pour l'année universitaire 2023-2024 constitue un changement d'orientation et révèle un défaut de cohérence dans son cursus, il n'est pas contesté qu'elle a pu intégrer ce cursus dès le master 1, qu'il nécessite des compétences que la requérante a pu développer au cours de sa licence, qu'elle justifie d'excellents résultats à la date de l'arrêté attaqué, qu'elle poursuit cette formation dans le cadre d'un contrat d'apprentissage et qu'elle produit une lettre de recommandation élogieuse de son employeur ainsi que du directeur de sa formation. Au demeurant, cette réorientation n'a pas pour effet de faire perdre une année universitaire à l'intéressée qui n'avait pas, en tout état de cause, validé le master 1 en MEEF en raison de motifs familiaux légitimes évoqués ci-dessus. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le préfet, qui ne pouvait lui opposer un défaut de progression ou de cohérence dans ses études, a méconnu les stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien en refusant de renouveler son certificat de résidence.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son certificat de résidence. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles le préfet l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Lejeune, conseil de Mme B, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les décisions du 8 mars 2024 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé l'admission au séjour de Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Lejeune, conseil de Mme B, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 5 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lejeune, son conseil, et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
A. GAY-HEUZEY
La présidente,
Signé
C. ORIOL
La greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
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