Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404443
mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404443 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 mars et le 18 avril 2024, M. F, représenté par Me Alvarenga, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant de son signalement aux fins de non-admission au système d'information Schengen ;
2°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise, pour une durée de 45 jours renouvelable une fois, en lui faisant obligation de pointage tous les mardis et jeudis entre 8 heures et 12 heures, y compris les jours fériés ou chômés au commissariat de police de Cergy et l'interdiction de quitter le département sans autorisation ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de deux mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière qui a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle contrevient à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les articles L.200-6 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière qui a méconnu son droit d'être entendu ;
S'agissant de l'interdiction de retour pendant une durée d'un an :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un délai de départ volontaire elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée faute que les quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aient été pris en compte ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle contrevient à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article L.200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024, préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article
L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 :
- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;
- les observations de M. F qui indique qu'il souhaite rester aux côtés de sa fille et qu'il n'a jamais déposé de demande de titre de séjour ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Des pièces complémentaires ont été adressées par M. F, le 18 avril 2024 à 13 heures 51 postérieurement à la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant brésilien né le 16 décembre 1999, qui déclare être entré en France le 23 janvier 2020, a été contrôlé par les services de la gendarmerie nationale le 25 mars 2024 pour vérification de son droit au séjour. Il est apparu à cette occasion que l'intéressé se trouvait en situation irrégulière sur le territoire. Par deux arrêtés pris le même jour, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a obligé M. F à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de 45 jours renouvelable une fois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :
S'agissant de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. D A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, accordée par un arrêté n°23-064 du 14 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, M. F soutient que la décision en litige est entachée d'erreur de fait pour avoir été prise à l'encontre d'un étranger sans attaches familiales suffisantes en France, sans prendre en compte la présence de sa fille E. Néanmoins, il ressort des mentions de la décision que le préfet a bien pris en compte l'existence de son enfant, en considérant qu'elle ne lui confère aucun droit au séjour. De sorte que la décision en litige n'est entachée d'aucune erreur de fait
4. En troisième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
5. La décision faisant à M. F obligation de quitter le territoire français vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. F, en énonçant notamment qu'il s'est maintenu sur le territoire au-delà d'un délai de trois mois à compter de son entrée sur le territoire sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré et qu'il s'est soustraie à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée par le préfet du Val-de-Marne le 17 novembre 2020. Elle précise également que M. F est célibataire et père d'un enfant né sur le territoire national, ce qui ne lui confère aucun droit au séjour, circonstance dont il découle que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit dont il dispose au respect de sa vie personnelle et familiale. Ainsi, la décision attaquée répond aux exigences de motivation posées par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. M. F soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée, de sorte qu'il n'a pu informer l'administration de sa situation familiale et notamment du fait qu'il est le père d'une petite fille dont la mère est une citoyenne de l'union européenne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition par les services de la gendarmerie nationale du 25 mars 2024 produit par le préfet, que l'intéressé a été entendu dans le cadre de sa retenue pour vérification de son droit au séjour et qu'il a pu indiquer être le père d'un enfant dont il a précisé que la mère avait la nationalité moldave et qu'il supposait, qu'étant né en France, l'enfant disposait de la nationalité française. Dans ces conditions, M. F, qui n'allègue pas qu'il disposait d'informations supplémentaires tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'y faire obstacle, ne peut valablement soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "
9. Pour soutenir qu'il a durablement installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux, M. F fait valoir qu'il est entré sur le territoire français le 24 janvier 2020, justifiant, ainsi, d'une durée de résidence de plus de trois ans et qu'il est père d'un enfant né le 23 mars 2023. Toutefois, à supposer la présence du requérant sur le territoire français établie depuis janvier 2020, il présente une durée de résidence d'à peine plus de trois ans à la date de l'arrêté en litige. S'il est effectivement père d'une enfant âgée d'un an à la date de la décision en litige, il est séparé de sa mère, qui aurait déposé plainte à son encontre au mois de décembre 2023 pour violences conjugales, ainsi qu'il l'a indiqué aux services de gendarmerie lors de son audition le 25 mars 2024. Il ressort également du procès-verbal de cette audition, versé à la procédure par le préfet du Val-d'Oise, que l'ensemble de sa famille réside au Brésil, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 21 ans au moins. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit dont l'intéressé dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
11. M. F soutient qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille âgée d'un an en procédant à des versements de sommes d'argent à sa mère et en sollicitant de ses nouvelles auprès de cette dernière à travers des messages dont il verse des captures d'écran téléphonique à la procédure. Néanmoins, M. F ne justifie que de deux versements de sommes d'argent à son ex-compagne, d'un montant de 250 et de 300 euros, et s'il produit le formulaire CERFA n°11530*11 de demande au juge aux affaires familiales d'un droit de visite et d'hébergement, à raison de deux week-ends par mois, daté du 2 janvier 2023, soit antérieurement à la naissance, le 23 mars 2023 de sa petite fille, il indique lui-même ne pas l'avoir déposé. Il n'a par ailleurs entrepris aucune démarche de régularisation de son séjour afin de garantir sa présence auprès de sa fille. De sorte que, d'une part, il ne justifie pas de l'intensité de son implication auprès de son enfant, d'autre part, il ne fait état d'aucun obstacle à ce qu'il puisse continuer à procéder à des versements financiers ponctuels ou réguliers à la mère de l'enfant depuis son pays d'origine, ni à ce qu'il puisse se rendre régulièrement en France pour être aux côtés de sa fille, compte tenu de son très jeune âge. Dans ces conditions, M. F ne peut valablement soutenir que la décision en litige aurait méconnu les stipulations précitées, ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il en va de même lorsque l'étranger dont la situation est régie par le présent livre a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire. " Et aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () "
13. D'une part, M. F ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 200-6 du code précité qui ne s'appliquent qu'aux citoyens de l'Union européenne ou aux membres de leur famille, définis à l'article L. 200-4 de ce code, lequel n'identifie, s'agissant des ascendants, que l'ascendant à charge d'un citoyen de l'Union européenne, ce qui ne correspond aucunement à la situation du requérant. Il ne peut davantage utilement soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement pour se trouver dans la situation régie par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne démontre pas être dans une telle situation. Le moyen ne peut donc qu'être écarté, dans ses deux branches, comme inopérant.
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, la décision faisant obligation à M. G n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
16. La décision contestée vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'il existe un risque que le requérant se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire, dès lors qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France et s'est soustraie à une précédente mesure d'éloignement. Elle relève également qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes faute d'être en possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, de justifier d'une résidence effective et pour avoir explicitement manifesté sa volonté de se soustraire à une mesure d'éloignement. Par suite, la décision est suffisamment motivée.
17. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni des mentions de la décision en litige, particulièrement au regard des éléments de motivation relevés au point précédent, que le préfet aurait procédé à un examen insuffisant de la situation de M. F.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () "
19. M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaitrait les dispositions précitées ou procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne conteste pas s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire sans avoir entrepris une quelconque démarche de régularisation et avoir déclaré, lors de son audition par les services de gendarmerie le 25 mars 2024, son intention de se soustraire à une mesure d'éloignement. Les deux moyens ne peuvent donc qu'être écartés.
20. En cinquième lieu, pour les motifs énoncés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
21. En premier lieu, la décision faisant obligation à M. G n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
22. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que la décision en litige est suffisamment motivée.
23. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni des mentions de la décision en litige, que le préfet aurait procédé à un examen insuffisant de la situation de M. F.
24. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
25. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
26. Il appartenait au préfet du Val-d'Oise, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à M. F, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder trois ans. Toutefois, en l'espèce, il n'est pas contesté que M. F est présente en France depuis 2020, qu'il y a noué une relation avec une ressortissante de l'Union européenne dont est née une petite fille dont il participe à l'entretien et l'éducation et qu'il n'a jamais eu de comportement caractérisant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors même qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être accueilli.
27. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que la décision faisant à M. F interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans doit être annulée.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
28. La décision faisant à M. F obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigée contre la décision l'assignant à résidence, ne peut qu'être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
29. L'annulation par le présent jugement de la décision faisant à M. G interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder sans délai à l'effacement du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission au système d'information Schengen.
Sur les frais de procédure :
30. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 800 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a fait interdiction à M. F de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, contenue dans l'arrêté du 25 mars 2024, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder sans délai à l'effacement du signalement de M. F aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Charlery Le greffier,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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