Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404471
lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mars 2024 et le 14 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Monconduit, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve dans une situation de précarité administrative et de précarité financière, qu'elle est exposée à un risque de licenciement imminent en l'absence de document justifiant de la régularité de son séjour, qu'en outre, le préfet du Val-d'Oise a repris une décision similaire à celle du 19 avril 2023, qui avait été suspendue et dont il avait été enjoint au réexamen de sa situation, la maintenant par conséquent dans cette même situation ;
Les moyens suivants sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est insuffisamment motivée, en ce que le préfet du Val-d'Oise a reproduit la décision du 19 avril 2023 qui a été suspendue par le juge des référés par une ordonnance du
2 janvier 2024 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que le préfet n'a pas réexaminé sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnait le principe de la présomption d'innocence ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- elle est entachée d'erreurs manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration, et au regard du pouvoir général d'appréciation sans texte du préfet.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 3 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas remplie ;
- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°2316090, rendue le 2 janvier 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- la requête n° 2404371, enregistrée le 26 mars 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 15 avril 2024 à
14 heures 00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Cabral de Brito, substituant Me Monconduit, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant ses écritures et en insistant sur les relances de l'employeur de la requérante tendant à obtenir un document permettant d'établir la situation administrative régulière de celle-ci sur le territoire français.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 10 septembre 1983 à Tanant au Maroc, est entrée en France, le 3 janvier 2017, munie d'un visa court séjour valable jusqu'au 14 février 2017. Le 5 mai 2017, elle a signé un contrat de travail à durée indéterminée avec la société " Génie Propreté IDF ". Le 23 septembre 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, auprès de la sous-préfecture d'Argenteuil et a été mise en possession de plusieurs récépissés. Par une décision du 19 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande. Par une ordonnance n°2316090 du 2 janvier 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a suspendu la décision du 19 avril 2023 et a enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Le 24 janvier 2024, les services de la préfecture lui ont remis une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail. Le 26 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette situation d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, Mme B, entrée régulièrement en France, le 3 janvier 2017, exerce une activité professionnelle sur le territoire français depuis le mois de mai 2017. Il résulte de l'instruction qu'elle est employée en contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité d'agent d'entretien, au sein de la même entreprise, la société par actions simplifiée (SAS) " Génie Propreté IDF ", depuis le 5 mai 2017, qu'elle a progressé en étant cheffe d'équipe depuis le début de l'année 2023 et qu'elle a poursuivi son activité professionnelle durant toute la période du covid-19 et qu'elle produit une lettre de son employeur, en date du 7 mars 2024, qui lui demande de lui remettre dans un délai maximum de deux mois un nouveau récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, avant qu'il soit contraint de suspendre son contrat de travail en raison de sa situation administrative. Eu égard aux conséquences de la décision en litige sur la situation professionnelle de la requérante, celle-ci justifie se trouver dans une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne le doute sérieux :
5. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ".
8. La présente ordonnance implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'autorité administrative de réexaminer la situation de Mme B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de cette ordonnance, conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle sans qu'il soit nécessaire de prononcer l'astreinte sollicitée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de Mme B, et de la munir, dans un délai d'une semaine, à compter de la notification de la présente ordonnance, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit procédé au réexamen de sa situation ou jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.
Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise
Fait à Cergy, le 6 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026