Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404635
jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404635 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RAAD |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2024, Mme C A B, représentée par Me Raad, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°)d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de la convoquer afin qu'elle puisse faire enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande est urgente en ce que l'impossibilité matérielle d'obtenir un rendez-vous pour bénéficier d'un premier titre de séjour " étudiant ", qui la place en situation de séjour irrégulier depuis l'expiration de son visa, l'a empêchée de valider son année universitaire, la prive de ses droits sociaux et l'expose au risque de ne pas pouvoir poursuivre ses études alors qu'elle bénéficie d'une inscription pour l'année universitaire 2024-2025 ; l'urgence est présumée lorsque la demande porte sur le renouvellement d'un titre de séjour ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle se heurte à des difficultés de prise de rendez-vous malgré ses nombreuses tentatives de dépôt de demande de titre de séjour et ses multiples échanges avec l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) et la préfecture du Val-d'Oise ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fléjou, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 21 mars 1996, était titulaire d'un visa de long séjour en tant qu'étudiante valable du 1er mars au 30 mai 2023. Elle tente vainement de solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) depuis de nombreux mois. Par la présente requête, elle demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".
6. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
7. En l'espèce, la demande de délivrance d'un titre de séjour de Mme A B, qu'elle ne justifie pas avoir effectuée avant l'expiration de son visa de long séjour, doit être regardée comme une première demande. Toutefois, pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à prononcer la mesure d'injonction demandée, Mme A B établit qu'après plusieurs tentatives de connexion n'ayant pas été effectuées la même semaine, elle ne parvient pas à déposer de demande de titre de séjour sur le site Internet de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF). Il résulte en particulier de ses nombreux échanges d'e-mails avec cette plateforme à compter du mois de septembre 2023 et des courriers adressés à la sous-préfecture de Sarcelles les 9 octobre et 23 novembre 2023 ainsi que d'une des captures d'écran du site de l'ANEF, qu'elle ne parvient pas à sélectionner l'item " moi-même (à partir de 16 ans) ", la seule rubrique active de la page étant " un mineur bénéficiaire de la projection internationale de plus de 16 ans ", et ainsi à accéder aux pages lui permettant de déposer sa demande de titre de séjour sur cette plateforme. De plus, elle justifie que malgré ses demandes répétées auprès du service d'assistance de l'ANEF, elle ne parvient pas à résoudre ce blocage et que malgré celui-ci, la préfecture lui a indiqué de déposer sa demande sur cette plateforme sans lui proposer de solution alternative. Enfin, la requérante fait valoir que malgré sa réussite aux examens universitaires, elle n'a pas validé son année de master en communication à l'Inseec au titre de l'année 2022-2023, n'ayant pu effectuer de stage en entreprise en raison de l'irrégularité de son séjour. Mme A B justifie également être à nouveau inscrite en master au titre de l'année universitaire 2024-2025. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour en France, à la date et au fondement de sa demande de titre de séjour et à sa situation personnelle, la requérante justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un rendez-vous pour que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement. La condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par Mme A B doit être regardée comme remplie, de même que la condition d'utilité de la mesure sollicitée, laquelle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de fixer à Mme A B un rendez-vous dans le délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A B dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Mme A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 25 avril 2024.
La juge des référés,
Signé
V. Fléjou
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404635
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